28 octobre 2006

Fétichisme

Hier matin, comme souvent, je me trouvais être en retard pour aller à la fac. Il faut dire que le cours ne m'intéressait pas. Mais je pensais à ma binôme que je voulais retrouver au tramway et je savais qu'elle m'attendrait. Je la connaissais bien et elle considérerait mon retard comme un manque de respect malgré l'absence de rendez-vous ; après un moment de mécontentement profond elle mimerait la désinvolture méprisante ce qui allait me replonger encore en plein doute sur notre relation. Aussi je me dépéchai.

Une fois dehors je me mis à courir sur le terre-plein au milieu des grattes-ciel en brique rouge banlieusarde. Au loin je voyais l'arrêt. Le tram était encore là sur la pelouse centrale... elle aussi sous le porche, toute blondinette, calme et douce comme toujours: ému, je dû m'arrêter pour reprendre mon souffle. Le tramway repartit, elle était toute seule sur le quai et je l'imaginais bouillonnante de se voir dans cette situation, honteuse. J'approchai d'elle en marchant, un peu fier et le sourire aux lèvres. Elle n'était pas contente de se voir prise en flagrant-délit alors que personne ne lui avait demandé de m'attendre.
Je lui pris l'épaule et lui fis la bise. Elle sentait bon comme toujours, son haleine me donnait envie de gouter sa bouche mais me rabattant sur sa joue j'en appréciais la matière chewing-gum-esque en me disant interieurement "miam!". Elle détourna les yeux, cherchant à me faire comprendre que pour toute l'éternité désormais elle m'ignorerait.

Je lui pris sa petite main nacrée. Elle était de la même matière que ses joues, très fine, je caressais de mon pouce les petits trous des articulations des doigts qu'elle avait encore comme une enfant. Je la tirai vers la rue. Croyant que je la tirais vers moi elle se tourna dédaigneuse, cette attitude aurait été digne d'un rustre entre nous, mais elle s'aperçu que je voulais partir, elle ne comprenait pas. Devant paraître superieur elle reprit son air habituel: "tout est normal", "je ne vois pas le problème".
Je commençais à marcher plus vite, toujours sa main dans la mienne, elle couru pour venir à ma hauteur. Elle lacha ma main mais j'avais accéléré, elle ne pouvait suivre le rythme et me pris le bras. Elle me demanda dans un souffle "Où on va ?". On allait chez moi mais je ne lui répondai pas. Il n'était plus temps de parler, plus temps de réfléchir, plus temps de faire attention.

Arrivés devant mon immeulbe qu'elle connaissait pour être venue une fois travailler chez moi, nous entrâmes et prîmes les escaliers. J'habitais au 17è étage, qu'importe, le corps avait choisi. Nous montions les marches en courant et j'avais de nouveau sa main dans la mienne que je pressais fort en la tirant. Nous étions en sueur en arrivant devant la porte marron de mes parents. Une fois ouverte je me suis dirigé illico vers la petite et impersonnelle chambre d'amis et son grand lit tandis qu'elle regardait autour la décoration kitsh très "années 70" de l'appartement.
Je fermais la porte de la chambre derrière nous et elle reprit son air impassible comme si tout ceci ne portait pas à conséquence. En enlevant son manteau elle regardait la chambre et me dit "je connaissais pas cette pièce". Elle s'assis sur le lit très à l'aise en prenant le plan de Paris qui était sur la commode pendant que j'enlevais mon sac, mon blouson, mes chaussures et tout un tas de choses inutiles.
"Alors... où je vais habiter quand j'irais à Paris ?"

Elle se tourna vers moi l'air rigolard. J'étais quand même en slip devant elle. Elle frissona tandis que je m'asseyais à côté d'elle. Nous ne nous sommes pas embrassés. Mais je la caressais un peu, la cuisse, me souvenant de l'invitation qu'elle m'avait faite tantôt en plein cours "vas-y! ça va pas te mordre", pendant qu'elle enlevait son pull, haletante. Je me mis à la déshabiller, tout doucement, de manière très distante. Il faisait froid et elle était désormais nue et grelottante. Je l'allongeais en efleurant sa peau transparente et dénuée de la moindre pilosité de ma main. Son cou avait des petits plis, sa poitrine était rebondie, ses côtes un peu saillantes, je m'attardais un rien sur l'os de sa hanche, son sexe plat, sa cuisse généreuse et la qualifiait ainsi entièrement en la humant profondément.

Je pris mon stylo bleu, mon stylo rouge et j'écrivis sur son corps des 1 et des 0.

3 commentaires:

Adeline a dit…

J'ai jugé le texte malheureusement trop bref; la binôme ne semble pas étonné, on voudrait en savoir plus sur leur relation.

ropib a dit…

Trop bref ou trop long... ce qui suivrait serait écrit en binaire (avec des 1 et des 0) et ajouterait à la confusion peut-être.

Sinon une binôme, et c'est son atout (le 1: c'est le petit au bout), son grand intérêt métaphysique, l'attracteur universel, n'est jamais étonnée: elle a le menton haut en toute circonstance. A la rigueur elle pourrait bien dire "et bien ce sont des 0 et des 1 ça" (une binôme est aussi par définition super rigolote ce qui n'est certes pas vraiment exprimé ici)... mais en l'occurrence elle est désormais réduite à un objet, un fétiche marxien ou freudien au choix ; je la qualifie toute entière.

Pour en savoir plus sur la relation... ma foi j'en parle tout le temps dans ce blog non ? Là il s'agissait de permettre au sujet de prendre corps pour en devenir un objet.

ropib a dit…

Non, ou oui, c'est selon l'envie
Petite précision sur ce que j'ai dit...