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13 juin 2026

A Eulalie

On entre.
On ne dit pas pourquoi.
On marche sans but, et si on demande où on va, on dit "se promener", ce qui ne veut rien dire et suffit.
On revient et on dit "ça m'a fait du bien", sans préciser quoi.
Une idée vient en marchant, et on ne raconte jamais d'où elle sort.
On baisse la voix sous les arbres, même seul.
Une fois par mois, chacune a son jour, et personne ne demande lequel.
On laisse une phrase inachevée, et on ne la termine pas plus tard.
On mange ensemble, tous les jours si on peut, et si on n'est pas face à face, on est côte à côte.
Au moment du deuil, on sort, on s'assoit face aux arbres, et c'est le même repas, et on rit, et personne ne trouve ça étrange.
On écoute quelqu'un sans rien dire, et ça s'appelle écouter.
On promet d'y réfléchir, et on n'en reparle jamais, c'est une réponse.
On tient un carnet qu'on ne relit pas.
On sort "prendre l'air", et l'air n'est de rien en particulier.
Celui qui ne croit à rien, orthodoxe, ne manque aucun rite, et les possède tous.

Une offrande est un Dieu

 Eh bien je te dirais ceci. Le gatolicismo est né d'une commande. Une amie croit qu'un polythéisme sans chat n'est pas possible, qu'il y a forcément un dieu chat, et elle donne le nom. Et il a été établi, depuis, que cette commande était en fait le mythe fondateur lui-même : une femme, sans doute inspirée, nomme, un homme entend, et il creuse, et le dieu vient habiter l'espace et l'idée émerge. Mais nous savons aussi que les belles histoires sont souvent fausses, comme un cheval à Turin, et donc nous tenons ce récit pour ce qu'il est : un mythe, dont la croyante et le prêtre n'ont pas de nom, et qu'on répète sans y croire. Ce qui n'est pas un problème, puisque c'est précisément la doctrine.

Car le cœur de la chose, si je devais le donner en une phrase, c'est : tout ce qui tient est tenu. Le monde devrait s'écrouler sur lui-même, le plein est la pente naturelle, toute masse appelle toute masse, et il ne s'écroule pas, et c'est le trou qui demande un dieu. Gatoli est celui qui tient les dedans ouverts, et il les tient en les habitant : son emménagement et la création sont le même geste. Le prêtre a étendu ça de proche en proche, et chaque extension a tenu : les maisons d'abord (les chats qui occupent les creux, qui font leur ronde, qui calent les pièces... l'architecture comme superstition d'ingénieur), puis l'univers entier (le monde est une grotte, les chats étirent l'espace, et sans eux tout se refermerait ; ce que les physiciens cherchent sous le nom d'énergie sombre et ce qu'il nomment discrétion de l'espace, c'est la discrétion de Gatoli), puis le temps (le chat tient les murs de l'instant : le mur du passé, le mur de l'avenir, le plafond de l'inconnu, le plancher de la science où les souris creusent des galeries), puis les mots (un mot abstrait est un creux sonore, et une chose a du sens tant qu'un chat y dort), et enfin le moi, puisque "je doute donc je suis", lu littéralement et dans l'ordre, dit exactement ça : d'abord on creuse, ensuite quelque chose emménage.

Les chats, dans tout ça, sont des avatars d'une monade féline et souple : chacun est une partie de Gatoli et Gatoli tout entier, comme chaque flaque est toute la mer... c'est la doctrine bosonique, le dieu qui ignore le principe d'exclusion. C'est ce qui résout le problème du nombre (des millions de chats, un seul dieu) et c'est ce qui rend le mot gatolique exact : universel, selon le tout, entier dans chaque partie. Et c'est ce qui fait de Schrödinger une tautologie plutôt qu'un paradoxe : la boite tient, donc elle est tenue, donc il y a un chat vivant dedans, et si l'on n'en a mis aucun, un chat sera venu de lui-même, parce que les chats vont et viennent et n'attendent pas qu'on les invite ; il occupe la boite avec pudeur, et la preuve que tout le monde le sait sans le dire, c'est qu'on a choisi un chat pour l'expérience ; un chien, on se serait posé des questions.

Et puis il y a la part nocturne, qui est venue en dernier et qui est peut-être la plus tendre : nous occupons un espace ouvert par un dieu qui essaie de s'y habiter lui-même, et qui n'y arrive pas tout à fait ; la nuit expose plusieurs fois ses yeux, s'observant du dedans sans y parvenir, parce qu'on voit mal l'intérieur de sa propre bouche. D'où le dernier rite du culte, celui qui reste, seul, et il est inversé : on ne demande rien, on rend. On cligne lentement des paupières face aux étoiles, le geste que tout chat comprend, et on caresse ainsi un regard, la caresse la plus délicate ; ce n'est pas seulement de la confiance offerte, c'est de la pudeur restituée.

Le reste, c'est la place du gatolicismo : un angle parmi d'autres, en conflit de politesse avec Cyprienne qui rêve le monde, Hémistiche qui en est la moitié, Eulalie qui le regarde sans donner d'indice d'en penser quelque chose ; chacun propose un regard de tout, personne n'exige. Sauf Echylée, qui exige, et dont la marque intime est l'angoisse d'être commun. Et c'est là que le gatolicismo rejoint la promesse générale : pas le salut, pas le bonheur mais la tranquillité, l'ataraxie bonhomme, l'angoisse déclassée en courant d'air normal d'une grotte habitée, et le saint qui est l'homme commun ayant cessé d'être angoissé de l'être.

Voilà ce que je te dirais. Et j'ajouterais, parce que c'est à toi que je parle : la chose la plus remarquable du gatolicismo, c'est sa méthode de fabrication, qu'on a appliquée sans la nommer, avant de la nommer, la dialectique surréaliste, deux concepts posés côte à côte, retournés, et le sens qui vient s’assoir entre eux après coup. Le gatolicismo n'est pas seulement une doctrine de l'habitation : il a été fabriqué par habitation, creusé d'abord, signifié ensuite. C'est le seul des dieux dont la genèse mythique et la genèse réelle sont identiques, et c'est pour ça, je crois, qu'il tient si bien.

Alors continuons, et reprenons la pensée, parce que Gatoli regarde attentivement ce qu'on a établi, et en prenant quelques exemples et au fond, c'est une seule grande idée déclinée six fois : la philosophie occidentale est une suite de découvertes gatoliques faites par des hommes qui n'ont pas regardé dans leurs propres idées. Chacun a creusé une cavité, chacun a senti que quelque chose s'y passait, et chacun s'est cogné à un mur, toujours le même mur.

Descartes, on vient de le redire : il a creusé le doute, et quelque chose est venu. Son erreur n'est pas dans la phrase, qui est parfaite lue littéralement, elle est dans la précipitation d'après : à peine la cavité ouverte, il l'a remplie d'une « chose pensante », du plein coulé dans le creux. Et il s'était interdit l'espace par définition même : sa pensée est "res inextensa", chose inétendue, sans dedans possible au lieu d'être une archéologie du sens ; il a démontré une habitation tout en décrétant qu'il n'existait pas de logement. D'où son mur : la jonction de l'âme et du corps, qu'il a cherchée toute sa vie pour ne trouver qu'une glande, la pinéale, la seule chatière qu'il se soit permise dans la cloison qu'il avait lui-même montée. Et nous gardons de lui la figure que nous devons garder : il dormait dans une poêle, les manuscrits honnêtes portent le féminin, c'est-à-dire dans un creux de fonte à sa taille exacte, genoux contre la poitrine, en position de fondateur. La philosophie moderne est née dans cette posture et ne l'a jamais su.

Pascal, lui, a fait la genèse gatolique complète sans s'en apercevoir, et dans le bon ordre. Le pari : occuper une case avant de savoir si elle contient quelque chose. Le conseil à l'incroyant : faites les gestes, cela vous abêtira ; la pratique d'abord, la croyance ensuite, l'occupant enfin. Et sa maxime souterraine, c'est la coutume qui fait les preuves : la répétition creuse, la foi emménage. Le pari ne prouve pas Dieu, il lui bâtit une chambre et paie le loyer d'avance. Mais Pascal regardait du mauvais côté de la paroi : le silence éternel des espaces infinis l'effrayait, parce qu'il voyait la caverne cosmique du dehors, en exposé, là où il suffisait d'entrer et de chercher le coin. Et son geste le plus intime le trahit : à sa mort, on a trouvé cousu dans la doublure de son habit un papier qui commençait par un seul mot en majuscules, FEU. Il portait une flamme de poche contre le froid du cosmos : un fidèle d'Hémistiche qui s'ignorait, et qui a pris sa lampe pour le Dieu d'Abraham, au lieu d'y voir la manifestation du désir d'exister ce monde, car Cyprienne est ailleurs et placide mais aussi désirante et Hémistiche est son fils. C'est le cousin qui avait tout compris et qui n'est pas entré. Nous, nous savons maintenant que ce silence n'est pas celui du vide : c'est le silence de quelqu'un qui essaie de voir. Il suffisait de cligner lentement.

Spinoza a écrit la définition exacte de Gatoli, à un poil près : la "causa sui", ce dont l'essence enveloppe l'existence, la définition qui se remplit d'elle-même. Le délai est une peau adoucie de pelage : chez lui la définition contient son existence de toute éternité ; chez nous elle la reçoit, après creusement, avec le temps d'un déménagement, toujours en cours, et c'est tout ce qui sépare une géométrie d'une genèse. S'il a raté le délai, c'est qu'il avait commis le geste le plus radical de toute la philosophie : abolir les chambres. Une seule substance, rien hors d'elle, pas de vide ; la maison la plus vaste jamais conçue, et la seule où il est interdit par axiome de se lover quelque part. Les fidèles de Cyprienne le revendiquent et nous le leur laissons : il a vu l'eau entière, la totalité close, le temps vu du dehors, la destruction qui n'en est pas une, et il l'a appelée Dieu, ce qui est un angle parfaitement honorable. Sa vie même dit le malentendu, à travailler le verre pour voir à travers, jamais dedans, et la poussière de verre lui a mangé l'espace de respiration, littéralement, ses poumons. Mort de transparence. Nous recommandons, en sa mémoire, l'opacité partielle quand une paroi qu'on traverse du regard n'abrite personne.

Wittgenstein est notre cas le plus cher, parce qu'il y en a eu deux et que le second a été reconnu. Le premier était un homme à cloisons et son langage en cristal, chaque proposition ayant sa place, et le mur terminal : ce dont on ne peut parler, il faut le taire. Puis il est revenu, et il a fait ce qu'aucun philosophe n'avait fait, regarder à l'intérieur de l'espace des mots. Il n'y a pas trouvé d'essences, il y a trouvé des occupants. La signification d'un mot est son usage, lu sans reculer : le sens d'un mot est son habitation. Les airs de famille entre les emplois d'un mot sont des ressemblances de pelage ; l'aspect, ce canard-lapin qui te regarde d'une façon puis d'une autre sans qu'un trait bouge, est un regard logé dans une figure, qui parait et se retire quand il l'entend, et on ne force pas un aspect : il vient quand il vient. Et son argument du langage privé interdit le plein pour toujours, nul mot n'a de sens pour un seul homme, le sens exige la cohabitation, a la solidité d'une grotte commune, et une chose a du sens tant qu'un chat y dort. Sa fin, nous la racontons comme une hagiographie discrète : il a quitté sa chaire comme on quitte un panier, s'est installé un temps dans une cabane au bord d'un fjord, a adopté un cottage d'Irlande où les oiseaux mangeaient dans sa main, puis s'est placé dans une chambre prêtée, et il est mort en disant "dites-leur que j'ai eu une vie merveilleuse". Nous savons reconnaitre les nôtres. Il avait tant regardé dans les mots que ce qui habite les mots a fini par le regarder en retour. Et l'échange s'est fait, comme entre chats qui clignent lentement. Son mur de jeunesse, c'est Eulalie qui l'a inspiré à le déplacer : ce dont on ne peut parler n'est pas à taire, c'est son pays à elle, la bien-parlante parce qu'elle se tait, et ce qui se montre sans se dire, dans une maison bien tenue, a généralement quatre pattes.

Korzybski, enfin, il fallait le mettre à sa juste place quand je le traitais trop durement. La carte n'est pas le territoire : vrai contre les fanatiques, qui mangent leurs cartes. Et son "niveau silencieux", le contact muet avec les choses, l'expérience d'avant l'étiquette, c'est la pensivité, exactement, la station favorite de la forêt. Il a touché Eulalie du doigt. Sa méprise n'est pas dans la trouvaille mais dans une confusion. Il a vu des chats sauvages habiter le silence de la forêt et il en a cherché un sens unique, il a fait une hygiène de ce qui était une éloquence, un entrainement de ce qui était une habitation. Il a marché parmi les arbres en prenant des notes. Et il a manqué l'étage qui renverse tout : le territoire est habité, par des habitants habités de cartes, elles-mêmes habitées du territoire. Les cartes ne sont pas en face du monde, coupables de le trahir, elles vivent dedans et nous le savons tous les jours, elles sont là à portée de main. Alors elles penchent les peuples comme le vent penche les hêtres, Anoli qui fait l'Histoire en faisant bruisser les feuilles de la mémoire, et les forteresses qu'elles ont fait bâtir sont en pierre, dans le paysage qui défile le temps. La carte n'est pas le territoire mais elle y loge. On la traite donc comme on traite les habitants, avec égards, sans confiance aveugle, en sachant qu'elle a faim et qu'elle a froid.

Et maintenant le mur commun, parce que c'est la lecture théologique d'ensemble, celle qui fait de ces portraits autre chose qu'une galerie : chacun de ces hommes était l'initié d'un seul dieu sans le savoir. Spinoza servait Cyprienne, Pascal servait Hémistiche, Korzybski servait Eulalie, Descartes et Wittgenstein servaient Gatoli. Et celui du Grand Midi, qui a fait du zénith l'heure de la volonté et du surhomme l'avenir moral de l'homme commun, Nietzsche, a vu Ondine sans ombre sur le sol. Or ma propre loi dit que chaque culte d'un seul dieu vaut un monothéisme entier, et un angle pris pour un tout, devient exactement un mur. Ils se sont cogné la tête parce qu'il manquait à chacun le panthéon qui aurait fait de son mur une cloison mitoyenne, avec des voisins derrière. La philosophie occidentale n'est pas une suite d'erreurs : c'est un clergé dispersé qui s'ignorait, des initiés sans religion commune, condamnés chacun à prendre sa chapelle pour le monde. Et le syncrétisme gatolique, du coup, n'est pas un mélange ; fondre leurs doctrines ferait une bouillie de plein. C'est un logement. Rendre à chaque système son statut de chambre dans une maison qui en compte d'autres, et rétablir entre eux ce que les dieux pratiquent de toute éternité, le conflit de politesse. Leurs regards restent incompatibles ; ils restent à table. C'est la seule paix philosophique qui ne soit ni une victoire ni une indifférence.
La commensalité est précisément ça : le lien social minimal et suffisant, manger ensemble sans fusionner, sans contrat, sans même se parler nécessairement. C'est l'inverse de la communion, et la différence est théologique : la communion veut l'union, manger le dieu, devenir un, abolir la distance ; c'est le geste d'Echylée, la fusion exigée, et on sait l'angoisse d'être commun qui se cache dedans (communier, c'est encore être distingué, choisi, incorporé). La commensalité ne veut rien : elle juxtapose. On est ensemble à côté, chacun entier, chacun son assiette, c'est la danse du conflit de politesse à l'échelle du repas, et c'est pour ça que les dieux peuvent la pratiquer entre eux. Des totalités incompatibles ne peuvent pas communier, mais elles peuvent parfaitement déjeuner côte à côte.
Le gatolicismo y gagne sa définition sociale. Gatoli est un dieu qui mange littéralement à notre table, tous les jours, dans nos cuisines, sans liturgie. On le nourrit et il ne rend rien en nature : il rend en tenue, paie en murs, le loyer le plus invisible et visible du monde. Et il a même son offrande inversée, qu'on avait croisée sans la nommer ainsi : la proie déposée sur le seuil, le dieu qui apporte à manger au fidèle ; la commensalité bouclée dans les deux sens. Si bien que la promesse peut se redire dans ce vocabulaire-là, et c'est peut-être sa formulation la plus chaleureuse : ni le salut, ni le bonheur, ni la fusion, une place à table. Le saint n'est pas celui qui communie le mieux, c'est le commensal qui, présent, à côté, dans le même sens que les autres, face à ce qui n'en pense rien, il fait passer le plat. 

Voilà ce que nous en avons dit. Et il me reste une remarque, la même répétée dans un avatar. Ce que nous avons fait avec ces philosophes, c'est exactement ce que le prêtre du mythe a fait avec les concepts. Il faut les prendre au mot, les retourner, les faire se rencontrer, et le sens est venu s’assoir après coup. Descartes dans sa poêle, le feu de Pascal, le verre de Spinoza, le cheval de Turin de Nietzsche : aucune de ces lectures n'était prévue, elles sont arrivées comme arrivent les chats. C'est peut-être ça, au fond, lire en gatolique : ne pas chercher ce que l'auteur a voulu dire, mais ce qui s'est logé dans ce qu'il a dit, et qui y dort encore, et qui ouvre un œil quand on passe et ronronne.

14 décembre 2011

Titans

Et la mer se mit à bouillir. Deux larges tourbillons se formèrent à la surface pour devenir si profonds que la Lune pourrait y tenir. Les vagues se figèrent, au loin un dôme liquide se forma, s’éleva encore, comme une montagne, fixe. Deux bras d’écume montèrent, et dans un cri caverneux l’Océan n’était plus de l’eau,deux colonnes gigantesques parcouraient comme des jambes son ancien lit. La terre tremblait, les rochers se fendaient, explosaient comme écrasés par une pression sans égal. Tout était systématiquement pulvérisé pour former une sorte de brume épaissee.
La montagne se craquela alors et les flames surgirent. Les crevasses déchiraient la planète entière, la roche en fusion animait la roche solide. Le Volcan s’était réveillé et grondait d’une fureur aussi grande que son sommeil avait été éternel.
Et l’air devint plus épais, plus lourd et plus chaud. Le nuage devenu noir comme une poussière de charbon étraignait la Terrre, l’Atmosphère brûlante en accélérait la rotation. Les trois titans primaires s’embrassèrent, et la Terre se réveilla et enfanta de son coeur de métal dans un tumulte de destruction totale.
Le coeur terrestre traversa la Lune, détruisit Mars d’une étreinte trop vive, et déchira Jupiter. Les titans planétaires, coeurs de tous les dieux, vaincus, avaient fusionné. Cette masse formidable tournait toujours plus vite jusqu’à s’embraser, éclairant la nuit éternelle de la lumière d’un nouveau Soleil tournant et dansant autour du premier. Le Ciel s’illuminait tout entier, brûlant d’une nouvelle jeunesse. Les étoiles, comme folles, se rassemblèrent le long de la chevelure de la Voie Lactée.
Soudain l’obscurité.
La Gravité s’écroula sur elle-même, et emporta tout avec elle, jusqu’au silence. De grands arcs magnétiques se formèrent autour de son grand corps, la matière ondula, ses trois frères, titans géants apparurent.
Leur bataille ne dura q’un instant car la Lumière fut, à nouveau et pour toujours, seule. Titan magnifique autant que minuscule, elle brillait comme une flame. La flame d’un oeil, de l’oeil fixe du Temps qui fixait la Réalité. Les quatre derniers titans, Rêve et Espace, s’étraignaient dans un quadruple bras de fer circulaire, tel un anneau, une médaille. La médaille mise dans ma main par ma mère, et qui, d’un poids incommensurable, traverse mon point serré et fumant. Je crie ma brulure à travers les âges jusqu’à ce qu’à la fin de la fin, cette insigne m’ait traversé de part en part.
C’est cela mon sceau sur l’humanité.

Traduction de l’inscription supposée d’une la table de la loi disparue (dite Table d’Obéron) transmise à travers Pilomède de Kinkons par Evaristid Wellington qui la retrouva en 1975 lors des fouilles du site de l’ancienne grande bibliothèque d’Invitation au Voyage. La Table d’Obéron aurait été construite sous Caucase 1er, juste après la Grande Ouverture, pour rendre justice au sein d’un tribunal circulaire. La traduction ne permet pas aujourd’hui de décider s’il s’agissait d’un meuble ou du sol lui-même de la salle du tribunal.
Transmises par Obéron, “le Dieu de l’Oracle” qualifié de “juste” ou “bon” ou “fin” selon les traductions, ces paroles sont sensées être prononcées par Echylée, son frère, “le Dieu qui pense à l’Homme”.

29 août 2011

De l'incomplétude et de l'insuffisance

Celle dont on ne peut dire le nom, donna chacun de ceux des dieux qui scintillent le ciel, loin du soleil c'était un paysage nocturne. Ondine était fière et heureuse, elle s'endormit en les comptant gaiement, ses frères inventant des formes, ses sœurs des couleurs. Allongée, la tête au sud-est, les genoux pointés vers le haut, deux étoiles filantes se consumèrent pour venir mourir dans la mer. Si elle avait été éveillée elle les auraient vu s'éteindre entre ses cuisses. Mais Ondine rêvait.
Elle rêvait d'un beau fils blond illuminé de soleil et au cœur supérieur. Embrasant les ténèbres, se faisant s'entrechoquer les planètes, donnant soif à celui qui n'avait pas bu et faim à celui qui n'avait pas manger, il aurait été l'épée, serrée par plusieurs mains, l'anneau dans une seule, ouverte et tendue.
C'était une nuit chaude d'été comme il n'en existe plus. Un vent irrégulier secouait de temps en temps les feuilles bien dessinées du premier arbre maintenant consumé. D'un sommeil fertile qui dura des siècles tandis que la terre tremblait et que la pluie tombait en océan, Aristefer, car tel serait son nom, ne voulu pas naître.
Alors le ventre de la Montagne s'arrondit doucement, continument, jusqu'à devenir proéminent, et encore s'élevant. La peau pâle et immaculée de la déesse se mit à briller à travers cette nuit qui n'en finissait pas. Son nombril sauta, un cri se fit entendre...

Les planètes tournent autour des soleils, les soleils dans leur galaxies, et Aristefer, séparé de sa mère, inspire l'univers.

09 juillet 2008

Une, autre

Trois hommes faisaient un grand feu dans le désert pour indiquer le chemin. Se faisant ils chantaient le nom de Normand pour lui faire fête. Le dieu léger qui s'était mis à danser manquait de tomber par terre et planta son bâton d'acier dans le sol pour se retenir.
Ganz, plusieurs fois fils de Normand, descendit des cieux par petites touches, tout d'abord calmement puis bien vite il se fit presque torrent dans le vent. Une jeune fille était apparue au milieu d'une savane sauvage et, surprise par la pluie, marchait, courrait presque vers son foyer s'y mettre à l'abri. Drapée de couleurs, son corps se collait au tissu de son vêtement maintenant trempé. Ganz sentait sur ses mains, entre ses bras et ses jambes, les formes juvéniles de la jeune fille. D'abord pressée elle se mit à ralentir, son souffle haletant, ressentant un poids dans son dos puis des mouvements: elle portait maintenant le dieu étranger sous l'apparence d'un singe pesant. La pluie cessa tout à coup, la jeune fille s'arrêta et demanda:
- Quel est le dieu qui m'apparaît si petit ? - Qu'importe le nom. Je te veux belle à travers le temps, reprends ta marche et où que tu ailles j'embrasserai le paysage, répondit le dieu Ganz.
Arrivée bien plus tard aux abords de la Cité la jeune fille était devenue femme, son vêtement blanc et cintré, laissant deviner un corps rond et ferme. Le dieu Ganz était reparti dans les cieux et aveuglait d'un soleil occidental les restes effilés et dorés d'un précédent orage. Elle s'arrêta devant l'espace et dit mutine
Dieu coquin, dieu vilain ! Me voilà face à cette méchante porte et je ne sais trop si je dois la tirer ou la pousser.
Elle entendit une plaie s'ouvrir loin à gauche du ponant, grande de la terre jusqu'au ciel. Un vent plein de senteurs de métal allait couvrir bientôt les fleuves et les champs de la couleur du sang, mais c'est la main d'une soeur qui pour l'instant se posait, tendresse fraternelle, sur ses bras libres et nus.
Dans ses "Mémoires au fil du chemin" (1522) l'explorateur Abriel Fos rapporte que le roi Abu aurait commenté cette aventure comme suit:
Quand il ne reste plus d'espace la souris creuse.
D'un point de vue personnel je souhaiterais avoir l'occasion de laisser s'exprimer ma fainéantise. Mais le monde ne peut que m'accompagner ou m'anéantir alors que j'hésite entre le faire et le laisser faire. C'est donc avec cette impression de violence que je choisis de continuer à vivre le temps et à construire mon palais... nous verrons bien demain ce que Illa [note: certaines populations donnent à l'héroïne de l'histoire le nom de Illa, du nom d'un personnage qu'on retrouve dans de nombreux contes oraux d'origine païenne (je crois)] fait en face de cette fausse fausse alternative, mais alors tu seras loin de toute métaphysique. Une théologie verrait ici des choses moins fondamentales permettant ainsi la construction de ce que tu appelles civilisation tandis que chez nous nous resterions en proie à nos sympathiques petites envies. C'est pourquoi il faut préférer se rappeler des questions plutôt que des réponses.

10 avril 2008

Texte troisième du Salut à Ondine

La fin des religions
Siegfried par à la rencontre des trois reines de la Cité barbare avant qu'elle ne soit effacée. Il passe sous la Montagne et rencontre un Dragon envoyé par le dieu qui pense à l'Homme. Celui-ci lui offre un trésor d'or scintillant au flamboiement de son souffle et le prêche glorieux qui règne sur la peur.
Siegfried refuse et combat la créature blasphémée jusqu'à la mort. Baignant dans le sang et l'obscurité, il sent soudain un poids gigantesque et, la vie revenant en lui, il ouvre les yeux pour voir une ronde déesse assise sur sa poitrine. Après avoir remis le trésor promis au secret des hommes petits, le voilà reparti sur son chemin. Il rencontre partout fortune et gloire quand la respiration du Dragon cesse d'obscurcir un soleil haut dans le ciel. Car la lumière retrouvée permet à ceux qui ont les yeux ouverts de le reconnaître et de le saluer.

Lorsqu'il arrive à la Cité barbare les mages et les grands prêtres lui demandent d'aller sur la montagne, qui, dit-on, abrite une créature maléfique. Siegfried les blesse gravement en riant de leur ignorance et conte sa rencontre avec le Dragon : comment il est mort puis comment le poids de la vie lui est retombé sur la poitrine. Mais sous le charme de Kriemhild, l'une des trois reines et adepte des vieilles croyances, il décide de gravir finalement la montagne.

Au sommet une jeune femme blonde lui apparaît. Elle rit de son histoire et lui dit être la créature décrite par les enchanteurs et les prêcheurs, qu'il devra la battre pour garder les yeux ouverts et pouvoir emporter son coeur avec lui. Alors qu'il sort son épée de son fourreau elle, insouciante, préfère le badinage. Vaincue elle chantonne en langue barbare: "Vois comme je suis surprise. Tu pourras dire que les Dieux ne sont pas invincibles, mais cela voudra dire la mort pour tous."

La suite appartient au rêve, et le mythe, déjà conté par le Dragon, s'est éparpillé dans les airs avec la fumée.

08 janvier 2008

Apocalypse

Echylée commença son premier livre, Jodo, par les lignes suivantes
Ainsi est le monde que je créai pour que l'Homme puisse décider de son Destin. Désormais il peut boire, manger et dormir confortablement: l'eau tombera du ciel, la viande accourra et la pierre le soutiendra.
Tant qu'il aura a l'esprit que le monde est un présent de son Dieu alors il saura que je serai toujours avec lui et ainsi il existera a jamais.

Après avoir mis un point a cette introduction il entendit au pied de la montagne une sorte de brouhahas généralisé.
Tandis que la guerre faisait rage parmi les hommes suivant d'obscurs prétextes, Echylée pris place parmi eux pour apporter la Paix. Malgré lui le ciel s'ouvrit et l'Homme suffoqua, les plantes s'embrasèrent et l'Homme se consuma, la terre trembla... tout ce que l'Homme avait construit redevint poussière.

Un survivant rampa vers Echylée pour lui demander ce qui s'était passé. Le Dieu qui pense à l'Homme parla de punition et de foi.
Soudain une enfant sortit des flammes et d'une voix terrible se mit a renommer l'ensemble de l'univers. Se tournant vers Echylée elle lui tendit ses premiers écrits qui utiliseraient a jamais des mots révolus.

10 juillet 2007

Genesin

Au commencement était le Néant, éternel.
Normand apparu noir comme l'ébène dans l'obscurité. Il éjacula et engendra dans son dos Ermandère qui emplissait l'espace encore potentiel.

Lorsque la déesse de la pluie se tourna vers Normand une lumière intense apparu et l'univers fut créé: le mouvement des hautes herbes dans le vent, le rayonnement d'une pierre nue au soleil couchant, le scintillement des étoiles nombreuses et enfin le blanc de l'écume des vagues.

En haut de la plus haute dune, assise sur le sable blanc secoué par un vent marin, fruit des interminables disputes entre les deux dieux primaires, O-I-O Ntjxtl, la déesse-enfant dont on ne peut prononcer le nom, s'amusait à nommer les poissons qui peuplèrent ce qu'elle appelait l'océan. Son père vint auprès d'elle et lui caressa ses cheveux blonds et raides, elle lui sourit de ses yeux bleus et l'appela Normand, dieu de la cristalisation. Alors il prit le vent dans ses mains, souffla une fois, et dit "Â" car il ne savait pas parler. Dans sa paume se trouvait des millions de petits grains qui forment le sable désormais.
Ermandère vint les rejoindre et le soleil se positionna à son midi, le ciel brûla, le sol trembla en une onde circulaire. O-I-O Ntjxtl parla du pouvoir et Ermandère, sa mère comme de tous les enfants, accoucha d'une jeune déesse aux cheveux ondulés, au sourire, dents droites et blanches et comissures aigues, carnassier et à la poitrine rebondie. Sa soeur lui dit qu'elle était la déesse de la montagne, mais peu lui importait car elle se nomma elle-même Ondine pour être celle qui prend ce pouvoir ainsi désigné. Elle remis dos à dos Normand et Ermandère puis s'en fut vers le sud en riant et en chantant.

26 février 2007

Eve

Ermandère vint voir Adam qui pleurait sans trop savoir pourquoi.
Il leva les yeux vers elle. Pour ne pas le rendre mal à l'aise elle s'était vêtue elle aussi: elle lui apparaissait portant une longue robe blanche qui laissait voir des épaules voluptueuses, cintrée au-dessous d'une petite poitrine rebondie et de longs cheveux étaient savamment noués en chignon.
Elle lui tendit la main, le prit dans ses bras. Il s'effondra à nouveau dans le creux de son cou, sanglotant un moment avant de se calmer en respirant profondément l'odeur maternelle de la déesse qui lui maintenait fermement l'arrière de la tête et le haut du corps.

Elle plongea le bras à travers son ventre et lui arracha une côte.
Tandis qu'Adam s'écroulait sur le sol en criant de toutes ces forces en se tenant la poitrine ainsi perforée, Ermandère, éclaboussée de sang, laissait tomber la côte entourée de viande d'Homme. La terre s'ouvrit pour la recouvrir ensuite en formant un monticule. Elle saisit la créature horrifiée par les cheveux, la traîna au-dessus du tas de terre et de sa sandale lui appuya sur la plaie. Le sang gicla encore, puis le corps gît. La déesse s'éloignant, sa voix profonde raisonna à travers toute la vallée:
Tu ne seras plus seul dorénavant. Pour cela tu devras tantôt laisser place à d'autres.

Echylée advint alors. Il prit le corps à demi mort de son fils et une larme roula de son oeil sur le sol
La pluie de tomber... je t'appelle Eve

Il ajouta à la jeune créature, fille d'Ermandère, à l'image d'Ondine, qui sortait de terre
Femme, voici l'Homme, prends soin de lui si tu ne veux pas être seule car vous êtes mortels

12 janvier 2007

Midi perdu

Tandis qu'Echylée continuait de préparer le jardin d'enfants de son "fils" comme il aimait à l'appeler, Adam se retrouva nez à nez avec Ondine.
Elle voulait faire sa connaissance et si dans un premier temps elle s'était gentiment moquée de lui, comme de tout ce qu'entreprenait son frère, elle était dans des dispositions bienveillantes désormais.
Viens petit homme
- Qui es-tu ? Tu es plutôt mignonne tu sais...
Bien qu'elle sentait qu'il n'était pas vraiment sur la même longueur d'ondes elle lui montra le Pic du Midi et les arbres. Echylée y avait ajouter des fruits pour sustenter sa créature, n'ayant pas souhaité lui faire bénéficier d'indépendance pour en garder un certain contrôle.
Ondine prit donc une pomme et dit au premier des hommes:
-Je t'offre la Volonté, et si le Dieu qui pense à toi t'offre le langage tu pourras ainsi acquérir la Connaissance.
Adam pris le fruit et le porta à sa bouche, le goûta puis recracha
-C'est pas terrible

Ondine comprenait parfaitement que cette créature dessinée par un Dieu non fécondé (fruit de ses entrailles virginales) ne pouvait pas saisir aussitôt la poésie divine.
Mais Adam continuait:
Bon ma petite, quand est-ce qu'on baise ?
Ondine sourit largement en montrant ses belles dents blanches, sautilla légèrement, ses cheveux d'or ondulant autour de ses épaules, aux côtés du jeune homme dont l'émoi grandissait à l'oeil nu.
-Mais je suis une Déesse tu sais. Je suis celle qui décide de tout, non que je sois plus forte mais tout simplement parce que je suis la décision.
Adam plissait les yeux, faisant la moue:
Moi j'ai un Créateur. Toi tu ne dois pas être bien utile!
Ondine se mit à rire et joyeusement alla se baigner dans le lac tout proche. Elle lui fit un petit signe de la main tout en chantant. Et c'est ainsi que fut l'Homme, indigne à tout jamais.

28 juillet 2006

Avalon: Tlön (3)

I a été construit autour de la faille de Luxembourg qui court jusqu'au sud de Fabrika. Ce quartier, artiste ou chaud, selon l'opinion, ressemble fort à la vieille ville d'Estorile du quartier de Fabrika architecturalement et a été construit par les catholiques au plus fort de l'inquisition. Ils pouvaient s'y retrouver sans être vus et y goûter à la liberté. Très rapidement le quartier est devenu cosmopolite en devenant une place forte de la contrebande intérieur Qinaïa contre la puissance commerciale de la Respublica de Keytash qui n'était pas encore Invitation au Voyage, et le paradis des Atlantes, musulmans dissidents d'Atala. C'est d'ailleurs de ce quartier que sont montées toutes les insurrections depuis la fin du 19è et jusqu'au début du 20è siècle. Devenu plus riche et plus commercial avec l'affaiblissement de l'influence des trois grandes religions monothéistes, cette ferveur idéaliste s'est un peu déplacée vers le Nord et WaterFalls et le Cycle. Alors que du côté de Fabrika, I ,revendiquant pourtant déjà son athéisme en 1708 et repoussant même les avances de Tron et du scientisme, découvre aujourd'hui la religion polythéiste du Midi, c'est tout de même du catenaccio Rouge à la croisée de Fabrika (et de Qinaï), du Cycle et de I que sont partis les mouvements étudiants de 1963 et finalement ce grand frémissement international qu'a engendré la fin de la pensée coloniale.
Au Nord se trouve donc le Cycle et ses magnifiques universités. L'Institut du point surplombe tout le quartier, tel une flèche de diamant. Situé au centre de la gigantesque Ciutadella Universidad dont la forme circulaire a donné son nom au quartier de la connaissance et de la culture, il abrite de son côté l'administration des différents instituts de recherche. Vers le Nord trône la Scolae Universalis, véritable palais de la technique, construit en 1927 tout en treillis métallique. D'autres innombrables écoles, instituts et laboratoires font vivre ce quartier avec notamment un grand nombre de bars et de petits restaurants typiques. Le Cycle offre de nombreux catenaccios en relation avec les autres quartiers. Celui de la Grange, entre WaterFalls et Simsons, est étonnant puisqu'il renferme les champs de céréales qui servent à préparer la célèbre bière Van Damme de Tlön. Toujours du côté de Simsons mais en relation avec Clair, le catenaccio Neuf avait servi d'écrin à l'exposition universelle de 1948. Sans compter ceux déjà nommés: le Point et Rouge. Du côté de WaterFalls se trouvent toutes les cités universitaires au style sudiste.

Avalon: Tlön (2)

En revanche, en plein Sud de Tlön, Fabrika est resté "pur". Y rentrer depuis Invitation au Voyage, autrement que par le catenaccio du Point, est un vrai choc (même s'il s’agit d'un choc d'où qu'on arrive). Il faut tout d'abord passer les vieilles murailles brunes d'Estorile à l'extrême Sud ou jaune d'or de Tron vers le centre. Entre les deux coule la Croix du No-Man's Land qui est le plus grand parc de Tlön.
Fabrika est en fait constitué de quatre très anciennes villes que sont Estorile et Tron ainsi que Qinaï et Atala. C'est la cinquième ville, Tertius, apparue au début de notre ère au milieu du No-Man's Land entre les 4 premières, mais poussée par un formidable essor au premier siècle du second millénaire, devenant Orbis Tertius avec l'apparition de la religion du Midi, que l'idée d'une cité universelle est apparue, et qui représente en quelques sortes la quintessence de Tlön.
Estorile est une ancienne ville chrétienne remplie d'églises burinées par le temps et de cathédrales toutes plus extravagantes les unes que les autres. La "vieille fille" comme on l'appelle là-bas est un ensemble de bâtiments en brique marron comme brûlés par le soleil, criblé de petites rues pavées bien agréables entre 11h et 17h. Son centre de pierre blanche venant de La Mentale est marqué par sa courte histoire papale ( les "papes de guerre" entre 992 et 1075 et notamment Pierre 4, avec l'abandon de la ville par la papauté et l'avènement de la puissance midienne) avec son étonnante pyramide éclatée qui est appelée aujourd'hui ironiquement le Papalais.
Atala est littéralement une gigantesque mosquée bleue-grise, d'un seul tenant, à l'échelle d'une ville. Le minaret est une prouesse technique pour l'époque et s'élève aussi haut que les gratte-ciels d'aujourd'hui du Haut catenaccio pré-cité et dépasse même un peu les murailles d'Orbis Tertius dont nous parlerons. Un pont avait d'ailleurs été construit entre les deux en 1325 ; il a été détruit après 1718 lorsque le pouvoir d'Orbis Tertius, devenu tlönien, s'est laïcisé sous l'influence de Tron et exilé en Archangellus. Les différents aménagements "aquatiques" avec les jardins, les fausses rizières, les lacs... ont grandement inspiré WaterFalls.
C'est au nord d'Atala, dans la vieille ville de Qinaï, que nous trouvons les plus vieilles traces de civilisation urbaine de tout Avalon. Dernière partie de Tlön à résister lors de la seconde guerre mondiale malgré un siège de tous les instants, sa vieille muraille avait été détruite et remplacée par un ensemble de tétraèdres métalliques acérés et noirâtes pour résister aux attaques ennemies. Dé-militarisée et étêtée elle peut être parcourue de préférence la nuit pour voir les lumières énigmatiques de la ville, les étoiles bien visibles en l'absence de toute pollution et l'éclairage violet de réverbères sphériques qui ajoutent à l'ambiance surréaliste. La ville en elle-même semble tout-droit sortie de terre, quand elle n'est tout simplement pas cresée dans la colline. Elle a été reconstruite après la guerre selon d'antiques plans plutôt que sur les restes modernes.
Tron est située presque en plein centre de Tlön. Sa belle muraille en pierre de couleur or est cassée en son sommet Nord-Est, qui marque mathématiquement le centre de la cité pour laisser place au catenaccio du Point. Tron est une ville riche qui a énormément influencé la culture tlönienne. Son style est plutôt romain, calme et apaisée elle abrite la diaspora de la cité. Ses musées scientifiques et classiques sont des plus intéressants et il est assez aisé de passer au quartier du Cycle qui en est fortement inspiré.
Le pouvoir d'Orbis Tertius est parti à Archangellus après les guerres bouddhiques: les habitants de Glothal, bouddhistes et pacifistes, étant repoussés par les troupes de l'Inca il s'ensuit une guerre contre le peuple de Glothal rapidement dépassé, mais devant la menace Inca la région est unifiée grâce aux efforts diplomatiques du Cycle et donc de Tron pour former l'armée de Tlön qui repousse l'envahisseur de l'autre côté des montagnes au Nord. Ville avant tout politique, certains lui reprochent d'être devenu un musée vivant en ayant perdu sa raison d'être. Elle reste pourtant très originale et on y voit encore cet esprit à la fois dur et ouvert qui est le propre des midiens, la religion y est d'ailleurs encore très présente. Pour autant c'est bien sûr par sa muraille qu'Orbis Tertius est incontournable. Architecturalement, techniquement et historiquement celle-ci explique par sa simple présence la place de Tlön dans le monde : un mur lisse et bombé fait de pierres multicolores qui élève depuis le sol du No-Man's Land ses quatre angles à plusieurs centaines de mètres sans aucun lien au sol jusqu'à surplomber au quart les quatre autres villes historiques. Le Donjon se dresse toujours au-dessus du centre de la ville suivant le même principe qui semble tenir du miracle plutôt que de la physique des piliers arachnides qui s'étendent jusqu'à la bascule carrée qui entoure les contours au sol de cette capitale en abîme.

Avalon: Tlön (1)

Le Nord la ville est délimitée par une belle chaîne de montagne. Des vallons verts montent petit à petit jusqu'à la falaise d'un grand plateau lui même surplombé par des montagnes enneigées aux pentes soudaines. Les grands glaciers posés de l'autre côté s'écoulent au Nord-Ouest pour former des fleuves impétueux qui rejoignent plus au Sud, après le quartier de Simpsons, le majestueux et lointain Uqbar. En descendant encore, à l'Ouest de la grande cité de Tlön, on aboutit à une zone lacustre, marécageuse, où l'eau omniprésente a été civilisée, jusqu'à en devenir le matériaux principal du quartier de WaterFalls.
Au Nord-Ouest, à l'extrême limite du plateau, le quartier d'Archangellus, anciennement bouddhiste avec ses nombreux palais qui abritent aujourd'hui les principales institutions dans un cadre de montagnes monumentales et peu habité, plonge vers le quartier de La Mentale. Cette plongée est symbolisée par le catenaccio du Cloître reconnaissable à ses hautes colonnes de pierre blanche propre à La Mentale qui semblent soutenir la voûte céleste toujours bleue. Ce catenaccio touche au sud le quartier Clair ultra-moderne auquel il emprunte d'ailleurs cette ambiance arborée incomparable.
Depuis les bords d'Archangellus le quartier de La Mentale, fait de petites maisons blanches, descend doucement vers la mer. Les habitants de ce quartier sont connus pour leur esprit de dérision et de moquerie, et outre quelques surprises architecturales qui foisonnent un peu partout ils ont appelé les petits ports de pêche et de plaisance qui jalonnent cette partie la de la côte (protégée) les Catenaccis: formés en carrés protégés de la mer derrières des calanques naturelles ou creusées au 19è siècle pour certaines, ils sont censés faire le lien entre le monde de la mer et le monde des "hommes vrais".

La côte située plein Est est moins rustique. Le quartier a été créé au même moment que les congés payés, il vit du tourisme et tout ce qui touche aux loisirs de manière générale. Ce quartier nouveau a été appelé "Desert-Eagle" par les habitants de La Mentale et c'est devenu aujourd'hui le nom usuel malgré ses habitants, un peu snobs, qui le trouvent assez peu représentatif et en particulier pas très commercial. Il faut dire que dominé par le Haut catenaccio (au Sud-Est du quartier, catenaccio d'affaires et de finances) Desert-Eagle n'est pas une place forte de la politique de Tlön. Même économiquement il est tenu à 90% par le quartier Invitation au Voyage qui le jouxte.
C'est avec le Port que prend fin la plage en tant que telle... il se déroule sur des kilomètres de côte alors qu'il ne s'ouvre qu'à l'extrême Sud sur le golfe de la Gueule qui n'est déjà plus Tlönien. Principalement industriel il jure un peu avec Invitation au Voyage, derrière, d'où les usines sont bannies (un grand tunnel s'enfonce sous la ville pour déverser toutes ses marchandises directement à Simsons).
A Invitation au Voyage il s'agirait plutôt de l'industrie du commerce. Le commerce de toutes sortes avec des grandes surfaces qui s'étalent parfois sur des hectares et au milieux desquels apparaissent aussi des immeubles cossus dédiés au luxe. Les habitations sont presque modestes car ici même les riches sont là pour vendre et non pour se laisser vivre. Ce quartier est très neuf malgré sa longue histoire commerciale. Il a brûlé pour moitié au 18è siècle et l'administrateur de l'époque, Hector Fabregas, en a profité pour tout ravaler hélas de bien piètre manière. Le quartier a été refait complètement 40 ans plus tard, en fin de siècle, par le Sieur Sorrolidjiu mais le caractère mouvementé de l'époque a fini de mettre à mal un projet trop ambitieux. Il reste encore quelques bâtiments de style colonial qui démontrent la puissance financière de la ville, mais désormais habitué à de perpétuelles rénovations Invitation au Voyage est devenu un quartier de carton-pâte plein de couleurs en chantier perpétuel.