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04 avril 2009

Premier contact

John Smith rentra dans mon bureau.
- Installez-vous John, on n'en a pas pour longtemps: Marcus m'a fait un topo.
Je n'aime pas les gens qui s'appellent Smith, encore moins les John. Celui-là était un agent du gouvernement et ça me déplaisait encore plus.
- J'ai reçu des informations de la zone Equateur 1, les choses y sont de plus en plus étranges. L'agence spatiale nous dit que tout est normal au niveau gravitationnel mais que les dérèglements de la houle mettent en relief des modifications qui passent inaperçus à notre échelle.
Je regardais l'agent du coin de l'oeil. Ce type avait dû avoir l'air mourant toute sa vie. Nom de dieu il me mettait mal à l'aise, j'aurais du l'envoyer lui aussi dans la zone E1, il aurait pris des couleur. Je lui parlais de la fin du monde et il restait de marbre, pesant à peine sur son fauteuil. S'il n'était pas agent du bureau je l'aurais mis en taule avant de vérifier s'il n'était pas un tueur psychopathe.
-Vous en pensez quoi ? lui demandai-je, à cours de patience pour que ce gars prenne la parole de lui-même. Il se passe quoi dans notre pays à nous ? insistai-je en me demandant s'il avait écouté, s'il était au courant de son rôle dans cette histoire.
Au bout d'un temps, alors que je voyais Bill arriver derrière la porte, je me suis demandé s'il n'était pas finalement mort en face de moi, à l'instant. Je commençais presque à être soulagé mais cet idiot respira pour me détromper.
- Allez-y maintenant, c'est à vous de parler.
-Ok, fit-il. Au niveau médical nous avons une recrudescence de malaises. Ca ressemble à du mal de mer. Il n'y a pas de problème à ce niveau.
- Mais... ? lui demandai-je pour le relancer, après avoir éviter de bouffer mon bureau.
- Je m'interroge, me dit-il. Nous avons lancé de multiples sondages et les résultats ne sont pas habituels.
- Vous pensez à une manipulation de l'opinion ? S'il y a un risque politique il faut lancer une opération. Nos agents du moyen-orient nous ont informé qu'il se préparait quelque chose en réaction avec notre phénomène. Josh m'a dit que les groupuscules religieux de notre pays étaient en train de s'armer mais n'avaient aucune réflexion idéologique ou politique et que ça devrait nous laisser du temps. Mais il m'est d'avis...
- Non, m'interrompit-il, ce n'est pas ça. Nous ne trouvons rien au niveau politique justement, ou en tous cas pas pour l'instant.
- Pas de problème alors, lui dis-je, perdant patience.
- Au début nous avons effectué les campagnes habituelles: questions, réponses ; sur des panels habituels. Jane me signala des incohérences en trop grand nombre, comme si les gens n'arrivaient plus à répondre de manière rationnelle. Nous avons contacté quelques écoles, de différents milieux, de différents états.
- Ca c'est une bonne idée John ! lui dis-je, impressionné par une soudaine prise de risque de sa part.
- Et bien pareil.
J'essayais d'élaborer un plan de marche pour mettre en place de nouveaux instruments de mesure. John m'empêcha d'aller plus avant.
- Nous ne nous sommes pas arrêtés là et nous avons mis au point des sondages avec des questions ouvertes. Le résultat est que nous constatons une modification linguistique.
- C... Comment ça ? ettoufai-je en dissimulant mon rire.
- Une évolution syntaxique et phonétique... nous avons fait aussi des interviews. C'est un peu comme si tout le pays changeait d'accent et inventait un nouveau dialecte. Nous en sommes là mais le professeur Orelia Bostanova, que nous avons missionné sur l'affaire, a détecté des évolutions grammaticales très fines et pour l'intant restreintes.
- Je... je ne comprends pas, balbutiai-je. Quel est le rapport avec la... avec cette chose, ce phénomène...
- Vous alliez dire quelque chose de pertinent chef, vous alliez dire le mot, ce mot que nous retrouvons partout désormais et qui ne vient de nulle-part. J'ai contacté quelques anciennes connaissances à l'étranger, cette apparition est mondiale. J'ai contacté des professeurs d'université, ils connaissaient ce mot, ils l'utilisent même couramment désormais, mais quand je leur ai demandé s'il était d'origine étrangère, quelle était son étymologie, si il était utilisé il y a six mois ils se sont rendus compte qu'il y avait un problème. Vous alliez dire quoi chef ? Vous vouliez parler de notre nouvelle lune, mais vous alliez lui donner un autre nom n'est-ce pas ?

07 janvier 2009

RCK7: une tentative de chronologie

Il y a un moment maintenant j'ai écrit 2 articles reprenant des passages importants des prémisses de l'avènement du Dieu fusionné: champ 47 et champ 52
La construction du mythe est un peu fastidieuse (heureusement que d'autres très connus ont déjà écrit ou filmé le début, sinon on n'y arrivera jamais) et si j'ai à ma disposition, a priori, tous les fragments du texte original ainsi que les éléments pour les mettre en ordre et restituer à peu près correctement le récit, je suis un peu fainéant. Aussi je m'autorise à vous faire part, plutôt, de ce petit travail d'archéologue que j'ai fait sur notre époque qui, c'est ma théorie, est à l'origine du mythe. On verra si ça me donne du coeur à l'ouvrage pour le reste.


1905: RCK7 fromente une révolution, ratée (prévu) et éteinte dans le sang -> pour quelques groupes clandestins il s'agit de l'année 1 de la lutte
1917: RCK7 fédère les groupes révolutionnaires, il en résulte une révolution réussie, pleine de joyeuse utopie -> le calendrier officiel choisi marque alors l'année 100
1930: Eclate cette année-là une contre-révolution préparée en secret par le groupe RCK7. Pour des raisons idéologiques des plus malsaines le calendrier est à nouveau modifié pour indiquer la date de 1543 mais la résistance garde l'ancien calendrier tout en le remettant à jour, c'est l'année 130
1933: Le régime contre-révolutionnaire, comme on pouvait s'en douter se transforme en dictature. Finsternis, pion placé là par le groupe RCK7, instaure un régime qui doit durer des siècles et il décrète l'année 0
1939 (1941): Une guerre terrible éclate et embrase le monde. RCK7 prend le parti adverse et met en avant la figure d'Anastasia Bourbaki, bientôt emblématique
1944 (1950): La guerre est gagnée, Finsternis a perdu et est exécuté rapidement dans des circonstances inconnues. RCK7 refuse le pouvoir mais insufle l'esprit du système politique instauré. Malgré les bonnes intentions c'est la politique d'avant 1905 qui retrouve le premier plan, mais en coulisse RCK7 commence a avoir plus de pouvoir.
1968 (1960): En 1968 un vent de rébellion souffle à travers le monde, principalement grâce à la dynamique de la jeunesse étudiante bien préparée idéologiquement par les mouvements bourbachiques d'Anastasia, et donc, en sous-main, par le groupe RCK7. Le système persiste mais est libéralisé et permet un certain renouveau. C'est à cette période que RCK7 rend publique l'anneau comme source d'énergie.
1989 (1985): RCK7 prend de plus en plus d'importance financièrement grâce à son anneau. Personne n'arrive à en perser le mystère. Petit à petit certains membres accèdent, dans le secret, à des fonctions gouvernementales. De plus la révolution ratée de 1968 permet la mise en place d'une sorte de caste, dominante, une oligarchie, qui détermine la politique mondiale sous couvert d'anonymat.
2007 (2002): Alexis Bourbaki, frère d'Anastasia, accède au pouvoir malgré tous ses détracteurs en centralisant les moyens de communication et sous couvert d'un plébiscite démocratique fabriqué de toute pièce. Il continue le spectacle mis en place avant lui tout en donnant par derrière les rennes du pouvoir au groupe RCK7 qui manoeuvre dans l'ombre. Un certain Bandek Atr' apparaît en arrière plan et prépare un coup d'état, il s'avèrera par la suite qu'il s'agit d'Alexis Bourbaki lui-même
2012 (2015): Alexis Bourbaki met en place une dictature qui, malgré le travail de résistants qui oeuvre pour Anastasia (et donc piloté par le groupe RCK7 lui-même) et les groupes de 1905, quelque peu désabusés après les divers détournements politiques et un peu embrouillés dans leur histoire à cause des manipulations de calendrier. Bientôt Anastasia sera la seule figure de la résistance.
2040-2050 (~2070-3000): Renversement de la dictature qui dure 10 ans (ou 30 ans) et retour à la situation de 1989-1905 avec une oligarchie très dominante. On peut parler d'un système plus ou moins féodal au-dessus duquel le groupe RCK7 règne cette fois-ci en maître légitimé par le peuple. Le régime, qui se veut universel, se positionne alors en l'année 32100
2055: Apparition inattendue du dieu guerrier: jusqu'ici le groupe RCK7 avait tout prévu et contrôlait le monde avec son anneau. J'expliquerai plus tard ce qu'il est devenu et ce qu'il est réellement.
2058: Victoire totale du dieu guerrier et retraite du dieu désormais fusionné, RCK7 n'existe plus et n'a d'ailleurs plus de raison d'être


Problèmes de datation et incohérences (potentielles) sur certains faits avérés et vérifiables:
  • RCK7 a été créé en 1995 et n'existait pas avant
  • La première Nune est due à un accident ayant eu lieu en 2089
  • La première formication (colonisation d'autres systèmes solaires) est partie 2 ans après mais elle n'a abouti qu'un millier d'années plus tard
  • Anastasia Bourbaki est née en 2005 et Alexis Bourbaki en 2007
  • Anastasia Bourbaki a participé aux prémisses de la conceptualisation des nunes
  • Alexis Bourbaki a eu le pouvoir sur plusieurs nunes
  • Alexis Bourbaki faisait partie des fondateurs de RCK7
  • Nicolas Bourbaki (père d'Anastasia et Nicolas), né en1935,  a travaillé à l'élaboration du premier anneau
  • Alexis Bourbaki a déconnecté toutes les nunes en 32560
  • Alexis Bourbaki a empêché la connexion des nunes de 2007 à 2089
  • L'anneau a été créé en 2009 par le groupe RCK7
  • La destruction du deuxième anneau a été la cause de l'accident de 2089
  • La révolution de 1905 a eu lieu après la création du premier anneau
  • Lorsque Finsternis prend le pouvoir l'idée de nune n'existait pas
  • Finsternis a utilisé l'anneau au moins 2 fois pendant la guerre
  • Il ne peut exister qu'un seul anneau dans l'univers

Quelques hypothèses drôlatiques connues et cohérentes, dont la véracité douteuse est indécidable en l'état actuel de nos connaissances:
  • RCK7 est un petit groupe de personnes qui n'a existé que quelques jours en 1995
  • Anastasia Bourbaki était un groupe à peine plus important de personnes et n'a aucun rapport avec RCK7 ou Nicolas Bourbaki et Alexis Bourbaki n'a jamais existé que dans l'imagination d'un de ses membres
  • Le groupe SOME-trust a construit un bâtiment en forme de double-anneau longtemps après les années 2000 appelé le Soro's Building qui est à l'origine du mythe de l'anneau, il  existe encore aujourd'hui et peut être contemplé sur Terre
  • Aucune nune ne peut être déconnectée
  • L'avènement de la première nune marque la fin de l'humanité
  • La nune a été utilisée pour construire le Soro's Building et non l'inverse
  • L'Histoire commence le 9 septembre 1999 et la préhistoire se termine de manière imprécise après les années 2000
  • Conformément au calendrier universel nous serions, à l'heure où j'écris ces lignes, en 2009 et la majeur partie des évènements qui sont à l'origine de ce mythe n'ont pas encore eu lieu (ce dernier point, évident puisqu'il s'agit de préhistoire, donne indûment des accents de véridicité à l'hypothèse calendaire)
  • Certaines personnes ayant beaucoup de pouvoir en 2009, aujourd'hui donc, ont peur de la fin de la préhistoire et font tout pour qu'elle n'arrive jamais
  • Aucun dieu (dénomination servant à la désignation d'entités super-viriles dans toutes les cosmogonies préhistoriques) n'a jamais existé et n'existera jamais (à noter qu'il s'agit justement des premières paroles du Dieu fusionné dans le mythe étudié mais je n'ai pas encore réussi à en trouver l'origine)
  • L'idée d'oligarchie est une allégorie de la belle ville de Santa-Cerza del Talleone
  • La pétapole Santa-Cerza del Taleone était un petit hameau des charentes-maritimes durant toute la préhistoire (nous y reviendrons dans une étude spécifique sur l'oeuf dur vertical, la baguette de pain de blé et le respect de la convivialité)

11 décembre 2008

La fin des certitudes

Avec la multiplication des informations, redondantes, contradictoires ou parallèles, il est devenu habituel d'apposer à chacune un niveau de confiance pour déduire des comportements plus ou moins automatiques pour prendre de bonnes décisions ou les justifier le cas échéant. On peut d'ailleurs remarquer que de nombreux acteurs de la nouvelle économie essayent de la mettre en pratique au niveau du web, avec des ambitions allant jusqu'à l'authentification.
Si la totalité de l'information est accessible il est possible théoriquement de prendre toutes les décisions optimales et l'investissement dans la recherche des niveaux de confiance devient intéressant quand la mesure de la confiance est elle-même mesurée. A partir d'un niveau d'information ainsi qualifiée la gouvernance est dominée par les mathématiques.
En revanche si l'idée même de totalité est erronée, non pas simplement dans la faisabilité d'un accès mais jusque dans sa substantialité, il s'avère que l'accumulation de l'information est contre-productive. La mesure de la confiance se retrouve être ainsi faite sur une échelle ouverte et l'incomplétude de son auto-référence minimise indéfiniment sa pertinence (plus on étudiera le niveau de confiance à accorder à une information plus celui-ci baissera).

Des études démontrent des différences importantes entre les décisions prises dans un milieu d'incertitude et celles prises dans un milieu averti. Par exemple la question fermée posée à des étudiants « Allez-vous prendre des vacances après les résultats de vos concours ? » reçoit une réponse positive lorsque l'incertitude est artificiellement évacuée (en ajoutant n’importe quelle condition : « si vous avez réussi » comme « si vous avez échoué »), avec une argumentation logique, mais une réponse négative lorsque l'incertitude reste en suspens. Ce genre d'étude ne mesure aucune qualité mais démontre que ce n'est pas l'analyse exhaustive des diverses alternatives qui conditionne la décision.
En revanche des études récentes étudient justement la qualité des décisions prises. Elles démontreraient que statistiquement nous serions plus à l'aise dans le traitement d'un nombre limité d'informations peu fiables que dans le traitement de nombreuses informations presque certaines. Si on considère un système social où chaque acteur se retrouve à la fois répétiteur, filtre et interprète de l'information par rapport à une hétérogénéité dans les processus de gestion de chacun, l'entropie devient importante à mesure que l'information est échangée.

On pourrait en conclure que le capitalisme professionnel qui entraîne les travailleurs à garder précieusement chaque information et emmagasiner des compétences rares est un système plus stable qu'un système social dans lequel l'information circule. La rareté, la rusticité et la difficulté de l'échange permettent d'en évaluer la valeur de manière quasiment objective. Enfin la confrontation bilatérale de particulier à particulier pourrait y être la règle, tout système collectif ne devant servir qu'à contrôler le respect de la clause anti-collective d'une interaction.
Ce système est assez coûteux car tout emballement nécessite l'utilisation de ressources importantes pour revenir à une stabilité. De plus toute multilatéralité est facteur d’instabilité, or l'existence d'un système de contrôle introduit dès le départ un biais impossible à rattraper (plus il y a d’instabilité plus il y a volonté de contrôle, plus il y a de déperdition).

Serait-il possible d'apprendre à gérer une incertitude massive ? Il semblerait, mais il ne s'agit peut-être que d'un moment de l'Histoire, que nous nous dirigions vers toujours plus d'informations, de sources d'information, de réfutations d'information. Peut-être devrions-nous considérer l'incertitude elle-même comme une information fiable. De plus l’erreur découle d’un jugement sur l’écart entre les résultats attendus et effectifs, la capacité à utiliser des résultats accidentels pourrait être plus efficiente que la capacité à ne produire que des résultats attendus, il s’agirait de sérendipité. Il s’agit d’un travail plus scientifique, manipulation des descriptions de la réalité, que technique, manipulation de la réalité pour la faire coller à notre description.
D’un point de vue pragmatique nous pouvons observer que l’industrie consiste à maximiser la reproductibilité des résultats d’un travail, rendre celui-ci reproductible jusque dans ses aspects sociaux qui lui donnent un sens, c’est pourquoi on pourrait parler de représentation. Mais c’est aussi l’industrie qui, par sa réussite, amène les conditions de la surproduction, transforme son produit en déchet matériel ou immatériel et aliène le travail en spectacle. Faisons un état des lieux sans forcément remettre en cause les processus historiques qui amènent à une situation bien concrète et non apocalyptique pour poser plutôt les bases d’une projection dans l’avenir. Il serait étrange de penser que l’homme ne pourrait se mouvoir que dans un milieu d’incertitude, qu’il ne procèderait à aucune analogie et que la reproductibilité des phénomènes ne serait que néfaste. Considérons donc qu’il existe un effet de seuil au niveau social à partir duquel la reproductibilité ne rapporte plus, la quantité d’information n’est plus structurante. L’industrie serait donc nécessaire mais largement insuffisante.


02 juin 2008

Formication de Nune

Une Nune peut expulser un prélèvement correspondant jusqu’à 10% de son information dans le paysage. Elle est alors déclarée innée. L’ensemencement d’une nouvelle colonie peut se faire de nombreuses générations après l’expulsion (en fait le nombre de générations est théoriquement infini mais nous verrons que des contraintes de cohérence nécessitent une certaine limite dans le domaine).
Plusieurs générations de sociétés d’organismes simples sont lancées par clonage en premier pour préparer l’ensemencement des premiers individus afin d’avoir aisément un contexte adulte à sa disposition. La communication quasiment instantanée (se déroulant dans des dimensions discrètes de l’espace, suivant un processus comparable à l’intrication quantique) entre la Nune et sa colonie permet un contrôle important de celle-ci et la création d’un espace transitionnel performant pour le développement de jeunes individus. La mortalité est néanmoins très importante sur les 2 premières générations de la colonie, principalement en raison de ressources culturelles limitées et d’une dissémination mémétique quasiment nulle. La mortalité décroît à partir de la troisième génération malgré des malformations qui restent importantes, le contrôle de la part de la Nune innée doit rester constant. Ce n’est pas sans coût, et le partage de ressources commence à remettre sa propre cohésion en jeu.
A la quatrième génération une scène sémiotique est mise en place à l’intérieur de la colonie. Si jusqu’à présent les ressources alimentaires étaient dépensées sans limite afin de multiplier les échanges biologiques, la Nune innée met en place à ce moment une politique de contrôle démographique rigoureuse limitation de la reproduction, sélection génétique, épuration pure et simple. Il s’agit ici d’une phase de transition avant la fulmination de particules sémiotiques dans l’espace, quand la colonie s’organise en Nune pré-publique.
A la cinquième génération le conflit entre la Nune devenue jovienne (autorité juridique sur une orbite différente) et la Nune innée est majeur, l’entrave de cette dernière est déchirée et la colonisation proprement dite commence. Il s’agit ici d’une phase assez sensible puisque la Nune jovienne passe de la dépendance à l’autonomie puis à l’indépendance et les deux senembles ont tout intérêt à éviter la rupture. Néanmoins la première phase d’ensemencement étant des plus violentes il faut attendre le plus souvent la septième génération pour qu’une collaboration se mette en place avant de pouvoir observer, un peu plus tard, chez les Nunes innée et jovienne une assimilation symbiotique. Il arrive parfois que la rupture soit consommée avec pour résultat une maturation longue de la Nune jovienne et une fusion tardive dans le meilleur des cas, une disparition de celle-ci dans le pire. Toujours, si la rupture n'a pu être évitée, la Nune innée aura auparavant coupé tous les systèmes de navigation et de communication dense afin d’éviter tout affrontement véritable. A ce jour aucun n’a été observé malgré des tensions graves (semble-t-il nécessaires : les colonies soumises ne réussissant pas leur implantation), mais le risque reste théoriquement crédible.

Une problématique lourde est temporelle. Un grand nombre de générations peuvent en effet se succéder au sein de la Nune innée avant le début de l’ensemencement de la colonie, augmentant le risque de différenciation entre des moyens de communication originels et des nouveaux, mutés. Pour y remédier la Nune innée a trouvé une solution surprenante : la conservation artificielle, par un procédé de parthénogénèse, d’une population d’individus de génération d'origine au sein du groupe reproducteur pendant toute la durée du transport. Ce subterfuge met néanmoins en péril la cohésion de la Nune ainsi que son adaptation et l’effort correspondant ne peut être maintenu trop longtemps.

25 mai 2008

Objectif Nune

L’herbe pliée sous mon corps commence à me piquer un peu.
Je me réveille doucement dans une atmosphère moite et légèrement nuageuse. Je suis en elle depuis toujours, par hasard, comme pour me tenir bien au chaud un soir d’hiver tendu de longues décharges électriques d’un orage magnétique. Contre moi je la sens bouger, évoluer dans un espace qu’elle est seule à pouvoir embrasser, son corps est sans limite, ailleurs et ici avec moi.

Je serre une main peut-être enfantine dans la mienne.
Je vois la lune ou le soleil ou les deux à la fois comme un reflet dans ses yeux. D’ailleurs je suis là bas aussi, suant à grosses gouttes dans un mouvement répétitif lorsque tout à coup mon nom est cité.
C’est une histoire compliquée que je m’amuse à conter à un enfant sans doute absent. Ses faces apparaissent brillantes ou opaques, se répondent parfois comme des miroirs et divergent la lumière extérieure comme un prisme, un diamant. Elle me répond parfois, elle m’interrompt ou parle d’autre chose, peu importe, nous sommes reconnus comme un, nous sommes compris ; en fait nous nous comprenons, je la comprends, et cela suffit. Désormais c’est moi qui écoute cette histoire : cet enfant c’est moi.

Il n’y a pas d’avènement possible ou bien il s’écoule depuis des années. Il ne s’agit pas simplement d’une dynamique répétitive mais d’un recommencement tourmenté, comme une épreuve angoissante de remise en cause d’une cohérence physique. Ce plaisir, commun, poussé jusqu’au dégoût parfois, est réinventé dans ses formes. Ce soir-là, quand je lui offrais un anneau qui m’était destiné, elle m’offrait sa sœur dont le nom fut remplacé par le sien, référence criée les nuits de fête' lorsque la confusion des regards me poussait à les aliéner.

La peau brûlée par le soleil je sens mon corps serré par le sel. Coincée par le sable qui s’insinue partout, je racle ses muscles noués.
Alors que le soleil se couche planté haut dans le ciel comme une flèche, son rite barbare s’accomplit. Je prends une plume et note, parallèlement à l’orient, que le sens de l’histoire est inchangé. C'est-à-dire que de la puce dure à l’organe mou une certaine humanité aura été éjectée avec violence comme la vie, encore jusqu’à ce moment, proposait une génération génétique, que c’est ce que je veux.

06 mars 2008

Pourquoi blogger ?


Pour aucune de ces raisons bien sûr (d'ailleurs si on lit bien il n'y en a que 2 dans la liste, le reste est du blabla). Heureusement il y a bien d'autre couleurs dans le monde visible, sur la partie de droite par exemple. Mais sans doute que tout ce qui est du domaine de la recherche, de l'inspiration, de la création ou de la décision, de l'action, de l'éthique ou autre est forcément subversif, suspect au minimum.

Alors ça me fait penser à la tristement fameuse pyramide des besoins, assaisonnée à toutes les sauces.
Lacan, que je n'apprécie pourtant pas à sa juste valeur, a même été jusqu'à décrire des objets aussi complexes que des noeuds borroméens. Là on en est loin et on voit assez vite l'utilitarisme qui sous-tend ce genre de modélisation.

Déjà nous existons parce que les autres nous font exister, ça ne veut pas dire que nous ne pouvons vivre sans les autres (on peut étudier les enfants sauvages), simplement que le mot "besoin" ne suffit pas pour être un sujet d'étude. Il y a bien plus de d'articulations que tout ça (allez, s'ils en avaient mis au moins une ça aurait été pas mal, là il n'y a qu'une direction, c'est moche). D'autre part la réflexivité de la conscience (conscient ou inconscient, avec majuscule ou sans, peu importe) n'est représentée que par une forme culpabilisante de l'introspection et il n'y a aucun processus actif à l'oeuvre.
Si demain nous arrivons à faire accepter que la conscience ne représente pas un gap qualitatif mais peut être mesurée quantitativement on s'apercevra que la poubelle est déjà ouverte pour accueillir ces représentations (unidimensionnelles, on pourrait déjà se douter qu'il y a une arnaque quelque part).

C'est la fin de l'Histoire, l'occasion d'éradiquer la culture d'ailleurs, d'où qu'elle soit, quand l'Homme est statique, le blogger plus que les autres encore s'il est anonyme.
Cette fascination pour le nom me semble étrange. La notion se trouve à tous les niveaux de ces représentations et pourtant n'est qu'une dimension sur 7 de l'architecture de l'individu pour les égyptiens par exemple (le corps, le nom, l’ombre, le cœur, l’akh, le ba et le ka). Quelque part la réputation de ce genre de modèles n'est pas illogique si nous sommes dans la société du spectacle puisqu'il faut pouvoir apercevoir les persona. Mais enfin il est clair qu'il n'y aura pas qu'une seule scène tout simplement parce qu'il n'y a aucune raison à ça et les intrications sont même possibles (donc obligées).

Derrière tout ça il y a une question: l'individu est-il un objet ?
Toutes les réponses, y compris le "non" direct, aboutissent à un "oui". Et il n'existe qu'une seule raison au fait que selon tous les points de vue une question ait la même réponse. En fait l'individu n'est pas un sujet pertinent, et aucune de ses productions, y compris la société, avec lui.

...

Je suis fou et je me laisse piéger moi-même par l'exercice en tentant de reconnaître à plat certains des problèmes de l'humanité, historiques (c'est un minimum):
  • l'obligation de génération
  • la création de l'intimité
  • le rapport à l'hygiène
  • la gestion du temps
  • l'articulation du langage
  • l'accumulation de capital
  • la licence de sérendipité
Ca ressemble à des choses évoluées mais sont pourtant plus fondamentales que le corps lui-même.
Je m'arrête là, non pas parce que je suis exhaustif mais parce que je pense que l'orientation est suffisamment présente.

23 janvier 2008

Procès de Phil Carson

Le 1er octobre 2078 Phil Carson avait lancé son programme "lave-vaisselle" pour nettoyer inconsciemment les couverts utilisés pour son petit déjeuner tout en lisant consciemment les nouvelles du matin. Il était 8h30 am à New-York dans son petit appartement.

Il reprit conscience à Tokyo, devant la gare de Shijuku, 19h25 heure locale, un pistolet à la main et le mouvement de l'index enclenché sur la gachette. Lorsque le coup parti il vit que devant lui, juché sur une plateforme, un petit homme inconnu, impécablement habillé et arborant un large sourire en levant la main dans un signe amical et chaleureux adressé à une foule massée devant lui, s'effondra en se tenant ce qu'il lui restait de poitrine.

Le procès démontra que Phil Carson, la personne physique, avait bien commis ce crime. Certes le piratage avait été prouvé mais le corps, y compris le cerveau, était coupable et la gachette avait été pressée consciemment. De plus l'identité du pirate n'avait pas été déterminée ni même le procédé utilisé. Phil Carson était ainsi le seul responsable de cet acte très politique et représentait de surcroit un risque évident et même probable de récidive.
Comme Phil Carson n'avait pas pris la peine d'acheter l'anti-virus "Inquisitor" (cher mais seule garantie de protection de la puce cérébrale) et qu'un piratage aussi élaboré nécessitait une grande préparation et beaucoup de travail, le meurtre fut jugé prémédité.

Phil Carson fut condamné à mort par bombardement moléculaire le 17 juin 2081.

09 septembre 2007

La confusion de la propriété

Brouillon

Dans mon article précédent Du client à l'usager j'ai proposé l'abord de la propriété comme un service. Il semblerait que ce point de vue ne soit absolument pas quelque chose de moderne.

Après la chute de l'Empire romain, le départ d'une armée de métier, d'une force de police et de justice et toute la structure étatique qui est à la base de notre représentation politique européenne a fait tomber les conditions de protection qui doivent prééxister à la paix. Les populations (après le départ de derniers militaires romains qui ont continué longtemps d'organiser la société sous une forme étatique ce sont des rois-chevaliers qui ont pris le système en charge de manière plus interpersonnelle) ayant toutes assimilé les intérêts de la Pax Romana se sont retrouvées à devoir alors trouver elles-même des solutions de sécurité en privatisant les forces de l'ordre. Très rapidement la souveraineté a englobé la propriété, c'est à dire que les exploitants de la terre se retrouvant obligés de payer un protecteur se sont retrouvés contribuables obligés d'exploiter la terre. On peut bien entendu comprendre ce phénomène puisque c'est avant tout la destruction qui entraîne le moyen de propriété.

La question est donc de savoir si la guerre est souhaitable d'une part et si dans une situation pacifiée il est intéressant de continuer à entretenir les conditions d'une souveraineté basée sur le chantage de la destruction sans accepter d'auto-régulation entre le pouvoir souverain et le pouvoir exploitant. Le système économique actuel, féodal mais migrant de plus en plus vers une monarchie, ne peut donc pas fonctionner si on invente des périls externes sans arrêt et les objectifs d'exploitation irréels consécutifs. La "décroissance" voulue par certains ne peut exister que si le souverain accepte de reconnaître qu'il est en paix et que les objectifs d'exploitation sont partagés au sein d'une société commune (on pourrait parler de croissance pacifiée plutôt que de décroissance). D'une part la surproduction ne sert qu'au chantage souverainiste de la destruction et d'autre part la décapitation du capital doit pouvoir être "négociée" en interne.

  1. Reconnaître la mission régalienne de l'Etat dans l'interdiction de la décapitation du capital c'est reconnaître que l'actionnaire n'est pas un souverain et qu'il perçoit une taxe indue. Il serait préférable que la négociation ne nécessite pas l'intervention de l'Etat.
  2. La propriété en tant de paix est articulée entre tous ceux qui participent à l'existence de l'objet. La négociation implique que le souverain reconnaisse le partage des pouvoirs de la réalité.
  3. Le pragmatisme souverainiste entraîne la justification d'un pouvoir uniquement par le chantage de la destruction et le lien social se construit autour de la peur: le gouverneant qui veut conditionner l'ordre n'a que cet outil à sa disposition et, ayant peur lui-même, va l'utiliser (perte du rôle social, invasion extérieur, invention d'un ennemi interne...).

27 juillet 2007

Végétarisme, végétalisme, véganisme

Une rapide annihilation philosophique et énervée

Tout d'abord de courtes définitions:
  • végétarien: je ne mange pas de chaire animale
  • végétalien: je ne mange pas ce qui vient de l'animal
  • végan: je n'utilise rien de ce qui vient de l'animal
La première chose à remarquer c'est que ces trois comportements ne prennent pas en compte le végétal. Cet argument est connu: nous savons parfaitement que les végétaux interagissent avec leur environnement et qu'ils possèdent des terminaisons sensibles pour sentir cet environnement. On peut arguer que ce ne sont pas des terminaisons nerveuses, puis qu'elles n'ont pas de système nerveux. Mais dans ce cas là pourquoi rejeter l'argumentation selon laquelle les animaux n'ont pas de conscience, ou selon laquelle certains ont moins de conscience que d'autres... etc.
On voit là qu'en réalité (j'avais fait un graphisme il y a longtemps de la responsabilité morale par rapport à notre distance mais je croyais que c'était has-been et bien trop trivial, il semblerait que non en réalité) l'animal n'a que peu à voir dans la réflexion, on accorde de la souffrance à qui on a envie et on ne se considère responsable que de ce qu'on reconnaît c'est à dire...
C'est à dire tout simplement (et oui je reviens encore et toujours sur la même chose) nous reconnaissons ce pour quoi nous avons une référence interactionnelle. Que cette relation soit ridicule ou même unidimensionnelle (et on prête à l'autre des réponses) n'a aucune espèce d'importance: on reconnaît un être à partir du moment où on l'a connu, où une interaction a eu lieu et où schématiquement on mémorise une prospective utilitaire catégorielle, symbolique ou non.

Différence de nature ? Différence de degré ? Quelle importance puisqu'il va falloir d'abord reconnaître l'autre être (on foule une herbe sans conscience, tout comme on foule les animaux qui vivent dessous) puis apprendre à reconnaître une souffrance à la rigueur.
Est-ce que c'est trop facile comme argument ? Personnellement je suis mal à l'aise quand on pratique des incisions profondes dans les arbres pour récolter leur sève et l'idée même de la torture des bonsaï me révulse. D'autre part je me rappelle avoir fait un jour une expérience avec ma petite soeur lorsqu'elle était petite alors qu'elle mangeait du jambon en lui disant qu'il s'agissait d'un cochon: elle s'était mise à le caresser gentiment la tranche de jambon avant de l'avaler.
  1. Il y a un certain respect à manger un être ou une chose lorsqu'il y a échange et mélange des essences
  2. Il y a souffrance à partir du moment où on perturbe l'auto-organisation d'un système et qu'il tente de produire de l'énergie pour rétablir une stabilité (on voit qu'on touche là bien plus large que la simple vie, ainsi qu'à la simple douleur physique, cette description a aussi l'avantage de ne pas introduire de référentiel culturel) ; d'ailleurs dans bien des cas nous respectons aussi des choses, en particuliers lorsqu'il s'agit de cadeaux
  3. Les hommes mangent de l'homme, y compris lorsque le mangé est en relation avec le mangeur et y voir une déviance sociale ou une perversion est culturel (c'est à dire qu'il y a parfois perversion, parfois non)
  4. Se faire du mal à soi-même est possible... mais on mange pour se faire du bien (je ne parle pas de plaisir): se manger soi-même, sans que cela soit malsain, ce serait lorsque le mal que l'on se ferait serait moins grand que le bien que l'on se ferait
  5. Camus propose que le fait même de vivre est une faute, et cela est vrai en effet envers ceux qui ne sont pas nés par le fait de notre naissance, cela est vrai envers ceux qui ne nous survivent pas et c'est pourquoi il existe le deuil
  6. Le deuil n'est pas le suicide, la souffrance de l'autre n'est pas se priver et lorsque je mange une salade on arrive assez rapidement à voir que nous sommes par cette action quasiment directement responsable de la mort d'un homme quelque part dans le monde (surtout quand on est européen) ; ce fait finissant la démonstration qu'il s'agit de distance des choses (lorsqu'en plus nous ne pouvons pas penser une chaîne infinie d'évènements liés par la conséquence) qui implique une responsabilité morale
Oeuvrons donc tout d'abord à publier les chaînes d'évènements, à comprendre les diverses interactions entre les choses, à étudier les diverses auto-organisations et à négocier, entre tous les êtres vectoriels (mais on va dire commençons au moins par ceux avec lesquels ça va être facile au vu des différences algébriques), des bases permettant la mise en commun de la réalité.

Non, catégoriser a priori et pour des raisons individualistes ce qui nous est extérieur n'est pas un humanisme. En tirer des conséquences sur des absolutions morales encore moins.

23 juillet 2007

Réflexions (pessimistes?) du we II: Match.com et modélisation du corps

(Ayant déjà parlé de Match.com, je serai rapide sur ce 1er sujet)

Qu'est-ce que la tromperie dans des rapports commerciaux ? Il faut bien comprendre que si l'objectif est la mise en interaction, une fois cette interaction échafaudée le potentiel utilitaire y est restreint, il n'y a pas tromperie lorsque la transaction est faite, que la rétribution et le service attendu se sont déroulés comme prévu. C'est la même chose pour une recherche d'emploi sans projection, lorsque ni l'employeur ni l'employé n'ont de projet social ensemble (ce qui arrive trop souvent) et que l'objectif est transactionnel, du coup-par-coup commercial: le mensonge sur un CV devient un toupet bien senti. Je reviens à mon article précédent: c'est une question de service demandé. Il y a tromperie lorsque le « client » attend un service dans un mode relationnel (interaction référencée) et que le commercial vend un service dans un mode transactionnel (interaction jetable)... on passera sur le rôle alors devenu délicat de l'opérationnel (heureusement pour lui il lui arrive d'avoir suffisamment d'incompétence pour ne pas toujours réussir à la cacher).

Toujours le service et son interaction avec l'appartenance dans le rapport social au corps. Le corps nous appartient-il ? Avons-nous tous les droits vis-à-vis de celui-ci ? A cette dernière question il est très facile de trouver une réponse simple: non. Puisque nous n'avons aucun droit d'en déléguer le contrôle jusqu'à la destruction notre propriété ne peut être que partielle.

De plus la sécurité sociale est un moyen de délégation pour chacun donnée à un autre de prendre soin de son corps, c'est à dire que l'ensemble de la société a un droit (il n'y a pas de don gratuit), relatif à un usage, sur le corps de l'individu. On pourrait arguer que ce service se base sur les mêmes fondements que la morale mais les entreprises ont le devoir de vérifier la santé de leurs employés et il est possible d'interner des gens dans des hôpitaux psychiatriques sans leur demander leur avis.

Enfin être gros, handicapé, moche, avoir une image simplement inhabituelle... ne deviennent alors plus simplement des contraintes à l'interaction mais carrément un message et déjà une interaction, qu'on soit responsable ou non de cette image physique: être albinos est la même chose que porter un nez de clown, tant pis si dans un cas on est né comme ça puisqu'en réalité nous serions cause de nous-même, c'est plus pratique. Nous sommes bien loin de l'homme vrai (mais pas si loin de ceux qui s'appellent « hommes vrais » qui vectorialisent eux aussi le paysage relatif à leur corps). Être bronzé en permanence n'est plus ainsi un besoin de séduire en permanence mais exprimer la reconnaissance du caractère permanent du besoin de séduire, c'est très différent. Le tatouage, comme d'autres pratiques telle que le piercing, souvent catégorisées de la même façon, n'est pas un autre comportement: seul le message diffère. On pourrait presque en revenir au sujet sur Second Life... mais je le garde pour plus tard.

Bref nous ne sommes plus en situation de pensivité face à un autre corps et la beauté d'une personne ne vient plus de celle qui la regarde, contemplative... la poésie comme pont entre le vectoriel et le paysage n'a plus d'intérêt puisque la transaction commerciale n'y est pas nette.

Réflexions (pessimistes?) du we: Second Life espace vectoriel réel ou seulement transitionnel ?

Il est bien évident qu'aujourd'hui les espaces dits « virtuels » sont bien pauvres par rapport à l'espace vectoriel « réel » qui se base avant tout sur le paysage qui lui est fractal.

La caractéristique fractale du paysage fait qu'une large partie n'en est pas vectorialisée et que, plus largement, sa nature est indicible c'est à dire que le surplus significatif n'est pas quantifiable. A l'inverse les espaces virtuels communs aujourd'hui sont d'une pauvreté telle qu'ils en deviennent complètement sémiotiques c'est à dire que tout y a un rapport avec un discours. C'est seulement en cela que ces espaces virtuels représentent des espaces transitionnels, comme le théâtre ou d'autres spectacles à bien des égards. Mais comme eux ils ne sont pas seulement transitionnels, et en l'occurrence il s'y pratique des formes d'échanges culturels spécifiques qui, en l'absence d'instruction ou au minimum de mentor, sont difficiles à aborder a priori.

Non seulement le « Hello world » n'y est pas trivial (ce qui contredit l'espace transitionnel dans lequel préexiste une certaine homogénéité ou au moins un garbage-collector qui peut nettoyer les erreurs de référence le cas échéant... ce qui favorise le « jeu total ») mais notre propre place est questionnée en l'absence de tout rôle social. Passée l'élaboration de l'image il va falloir travailler à trouver un rôle et pouvoir alors, et seulement à ce moment-là, réfléchir à une face. On voit bien toute la difficulté de la chose tant ces processus ne se déroulent pas dans le même ordre que dans l'espace vectoriel habituel (pour lequel nous a été confectionné un espace transitionnel lors de l'enfance pour mieux nous instruire) et que ce déséquilibre n'est pas automatiquement propice à l'expression d'une toute-puissance éventuelle (on en est même loin, à moins d'être vraiment un très bon « joueur » même si l'aspect jeu n'est que partiel).

Une fois réellement investi dans ce monde virtuel (non sans travail donc) on pourrait imaginer la possibilité d'un rapport transitionnel à cet espace. Malheureusement pour cette théorie, bien souvent, en particulier lorsque des adultes s'y projettent, on se retrouve à mettre des aspects de notre existence en péril en tissant des liens avec le monde « réel » en payant, en gagnant de l'argent (reconnu dans l'espace vectoriel « réel » ...) et les avatars qui référencent des interactions avec d'autres avatars se retrouvent en relation, c'est à dire que les aspects de notre identité virtuelle (même s'ils peuvent être disjoints, à voir, de ceux de notre identité « réelle ») sont tout autant risqués. Le monde virtuel, au paysage pauvre, est tout de même un espace vectoriel et en fait peu transitionnel.

L'idée selon laquelle ces mondes virtuels pourraient être un endroit de fuite vient de l'idéologie de hiérarchisation des espaces vectoriels. Autrefois le théâtre était mal considéré par la bourgeoisie, les sociétés non européennes étaient considérées comme sauvages ou sous-évoluées lorsque l'architecture de la réalité n'était pas connue (lorsqu'aucune base commune n'était recherchée à l'élaboration d'un espace vectoriel commun).

Car enfin projetons-nous un peu: quelle sera notre rapport aux mondes virtuels (on pourrait dire « synthétiques ») lorsque leurs paysages seront aussi riches (ou peut-être plus) que dans le monde réel ? Un rapport pathologique sans doute... mais comme dans des cas où nous passons, dans le monde réel, à travers des espaces vectoriels disjoints, ce qui arrive. Si dans Matrix le paysage synthétique reste pauvre au regard du paysage naturel, dans Avalon c'est (peut-être, certainement même, ou en tous cas on est poussé à le croire) le contraire qui arrive: renoncer au synthétique est alors (peut-être, ce serait certainement la thèse de tout psy qui se respecte en voyant le film) la véritable erreur.

22 juillet 2007

Du client à l'usager

Nous assistons aujourd'hui à une redéfinition du concept de propriété. Je rassure ceux pour qui cette notion est indispensable à notre humanité, je n'y vois pas de signe d'une quelconque remise en question ni d'une disparition prochaine bien au contraire.
Pour autant cela pose de nombreuses questions et notamment sur les limites qui lui sont applicables comme la propriété intellectuelle derrière laquelle en fait se cache bien autre chose qu'une propriété ou un brevet sec.

Ce qui caractérise la propriété c'est avant tout le contrôle qui peut s'étendre au pouvoir de destruction. Cela implique beaucoup de choses puisque le possesseur peut alors être un usager de ce qu'il possède de manière tout à fait libre, il peut reconnaître les usagers de ce qu'il possède (ceux qui préfèrent que la destruction n'ait pas lieu) et demander donc une rétribution pour sa préservation, il peut prêter une partie de l'usage (l'emprunteur, même si aucune limite d'usage n'a été explicitée, sait qu'il n'a pas tous les droits d'usage), il peut donner ou vendre l'objet d'usage.
Dans le temps nous avons construits une architecture assez complexe de la notion de propriété
et défini de nombreux cas de délégation. Avec l'assurance notamment la garantie d'usage d'un objet est déléguée. C'est à dire que si l'objet ne peut plus être utilisé et que cette perte d'utilité n'est pas une conséquence de l'usage (c'est là bien évidemment que les assurances essayent d'être les plus performantes de nos jours mais on pourrait définir des délégations plus larges, c'est une question d'imagination) l'assurance garantit les conditions d'attribution d'un nouveau moyen d'usage de remplacement. Aujourd'hui nous assistons à une explosion de délégation de propriété (externalisation du stockage, agence de location, automate monétisant un usage par un tiers, agence de publicité, maison d'édition, ouverture de la maintenance et de l'évolution... ). C'est à dire que l'objet passe de main en main et la majeur partie de ses caractéristiques ne sont pas gérées par le possesseur.
Quid du contrôle alors ? Il est lui aussi délégué à des actionnaires. C'est à dire que si l'objet possède une valeur, cette valeur va alors être transformée en capital délégué à une ou plusieurs personnes. C'est à dire que la propriété est elle aussi un service comme les autres et peut être gérée de manière tout à fait parallèle de ses autres usages.
Lorsque je paye un vélo je paye un service de propriété, lorsque je prends un velib' à Paris ce service ne m'est pas accessible. Lorsque j'achète une maison je peux la détruire (à condition qu'elle ne soit pas considérée comme "patrimoine de l'humanité" par exemple, auquel cas une partie du service est refusée... il faudrait analyser la chose d'ailleurs) tandis qu'une location me fournit un service de contrôle limité. Si j'achète une entreprise je serai en réalité face à d'autres acteurs ayant une propriété d'une autre nature, seul le service de contrôle me sera autorisé c'est à dire que si son usage a souvent des conséquences sur d'autres services alors la nécessité de négocier apparaît logique (pour autant dans la pratique le contrôle s'exerce et la délégation peut ne pas être logique si elle n'a pas été dûment préparée).

Certes on peut imaginer que l'objet de propriété a été construit, peut-être même industrialisé. Si le client achète, du point de vue du commercial, alors c'est qu'il est content de son caractère fini.
C'est oublier toute la chaîne de propriété qui s'est construite. En réalité le "client" n'achète plus un objet utile une fois pour toute mais un usage, la propriété en étant un service. Avec la vache folle, les OGM, les conditions de travail du producteur... l'usager a ainsi voulu être mis au courant des conditions de production. De par son usage qui a des implications sociales il est aussi devenu responsable jusqu'à considérer que le service de propriété qui lui était vendu englobait aussi ses conditions d'élaboration, c'est à dire que ce n'est plus le fabricant qui vend mais l'usager qui délègue la fabrication. Les stratégies marketing visant à fidéliser le client ne sont d'ailleurs pas étrangères à ce phénomène lorsque des marques associent leurs abonnés pour la création de nouveaux services (par exemple on voit se multiplier les offres de partage d'accès internet intégrées à des abonnements des fournisseurs): si cette pratique est a priori gratuite l'entreprise qui demande cette participation se voit en contrepartie privée du contrôle total de sa capacité d'élaboration (actionnaires compris).
Or les objectifs de l'usager sont multiples et avant tout sociaux. Face à cette surenchère de transparence (dont il est lui aussi responsable) il se rend nécessairement compte que le service de propriété qui lui est vendu n'est pas total... sans que par rapport à cette perte les prix baissent pour autant. Tandis que des entreprises (la qualification de "moderne" pouvant être difficile à apposer puisque certaines n'avaient en fait tout simplement pas pris le virage de l'industrialisation) proposent au contraire de ne tout simplement pas fournir le service de la finitude ("je construits selon les conditions définies, vous suivez le processus, vous pouvez utiliser le produit fini quel qu'il soit") d'autres n'acceptent tout simplement pas ce pouvoir de délégation des usagers, organisés le cas échéant en associations de consommateurs en faisant de la consommation une action politique, qui évoluent eux dans un cadre social global où des services (tels que le pouvoir régalien) ne sont pas attribués à un étranger mais à un concitoyen.
Le client se retrouve alors dans une situation de violence qui lui serait faite lorsque des appareillages ne lui obéissent pas (accès interdit à une partie d'un logiciel pour un paramétrage personnalisé par exemple) lorsqu'il n'a pas le doit de jouir de l'objet à sa convenance (copie, partage, location, don...) ou lorsque la qualité demandée est au rendez-vous mais pas la qualité attendue alors que tout ceci lui a bien été vendu (certains l'ont compris et conformément à ce que souhaite l'usager lui vendent plus cher le fait que la qualité demandée ne soit pas présente lorsque la globalité de l'attente, y compris dans sa déception, est bien explicitée).


Pour en revenir à la propriété intellectuelle il faut remarquer qu'elle est très discutée de par le monde. Et cela me semble tout à fait juste tant on ne peut pas contrôler la diffusion d'une idée, on ne peut pas retirer aux "clients" (ou usagers) l'usage de ce qu'ils ont acheté et donc qu'ils possèdent eux aussi... il s'agit plutôt d'un brevet. Comment se fait-il alors que la propriété intellectuelle ne soit pas payante comme le sont les brevets ? Parce que derrière la propriété intellectuelle c'est la mise en partage qui est reconnue, la publication. Le brevet n'est donc pas gratuit puisqu'en échange il y a publication de celui qui est à l'origine du produit intellectuel. Pour autant la publicité ne lui appartient pas, ni la diffusion. Comme l'usage peut être complexe à définir (et je ne le ferai pas ici) il me semble important de redéfinir le concept par rapport non plus à un client mais à un usager, comprendre ce qui peut être délégué, ce qui ne peut pas être contrôlé, ce qui peut être vendu. Par rapport à cela il est alors possible de définir, pour ceux qui sont intéressés, une stratégie commerciale optimale sans faire croire, par exemple, qu'ils délèguent à un tiers un contrôle qu'ils ne possèdent pas et qu'ils n'ont jamais possédés dans les faits.

16 juillet 2007

Idisme: le wiki

Le wiki vient d'être déplacé ici: idisme

Pour collaborer il suffira de remplir le formulaire de participation et d'indiquer votre adresse eMail afin que je puisse vous joindre et vous adresser des droits de modification.

Le procédé est tout ce qu'il y a de plus expérimental mais je dois dire que ce petit détournement de fonctionnalités n'est pas pour me déplaire d'autant plus que le résultat me semble acceptable. Si vous avez des commentaires ou des idées pour une amélioration je suis preneur.

18 juin 2007

Pensivité de l'homme-vrai face au paysage

La pensivité c'est cet état dans lequel nous pouvons être pensif et où, à l'occasion d'une exigence exterieur, nous pourrions communiquer ou non des pensées jusqu'alors inexprimées, avant que cet autre nous fasse devenir penseur. Elle est donc un état d'autrui, même par rapport à nous-même, et nous ne pouvons nous rendre compte de sa présence qu'en devenant intentionnel en mesurant comment un autrui idéal pourrait nous catégoriser.

Reconnaître la pensivité c'est tout de même reconnaître une distance (une distinction) et une certaine forme de non communication, lorsque la réalité n'est pas encore consensualisée, peut-être en préparation, lorsque le sujet est à l'attention de l'objet d'un discours potentiel non entrevu. L'onde émotionnelle parcours ainsi le corps sans persona toujours à l'attention du monde surréaliste qu'est le paysage. Sans existence, son essence qui nous dépasse et qui force la sensation est à l'origine du ressenti et de tout ce qui s'ensuit. Le partage ne peut alors se faire que dans le silence et, si tôt dit, la réalité s'y incarne.

L'homme-vrai, cet individu que l'on retrouve tout autour du globe, c'est celui qui ressent avant de rendre publique, sans nécessité de construire des circuits de dérivation lui permettant d'adhérer en boucle à un système pour mieux éviter d'y investir un moi plus natif. Il est lié dans un rapport au paysage et plus seulement dans la transmission de la réalité, à l'attention de ce qu'il est, de par sa nature sociale, il lui invente nécessairement un dialogue.

11 mai 2007

Identité nationale

En cette période d'onanisme national il me semble opportun de revenir rapidement sur cette notion d'identité nationale, chose en soi mais aussi, et peut-être surtout, articulation entre l'identité et la Nation.
Nous avons vu très rapidement (j'aimerais que ce ne soit que pour l'instant, mais il est vrai que les moyens me manquent à l'heure actuelle) l'identité comme convocation d'outils d'action et de projection nous permettant d'exister. Nous savons que cette identité est garantie dans une société très architecturée et assez abstraite par l'institution d'un état-civil (même si son recours dans une interaction de particulier à particulier est inopportun et j'ai déjà dit ici qu'il serait bon de ne pas déshumaniser les rapports sociaux par une utilisation systématique à des moyens administratifs).

Vous pouvez aussi retrouvé sur mon blog Revue de presse un article de Ghislaine Reynolds où elle fait de l'identité nationale l'un de ses 10 points politiques inévitables qui seront évités par notre nouveau président tandis qu'il se flatte la France. Elle y pointe notamment l'échec de l'Etat-Civil comme seul garant de notre existence.
Comment ne pas penser en effet qu'il y a dysfonctionnement lorsque des citoyens mis à la rue ne peuvent plus aller voter simplement parce qu'ils n'ont plus d'adresse où récupérer leur carte d'électeur ? Comment proposer la seule force de l'ordre contre des populations de citoyens dont les parents ont été privés de droit pour la raison d'être étrangers et qui veulent revendiquer leur appartenance à l'ensemble de la société tandis qu'ils sont mis de côté de plusieurs manières ? Comment penser une société structurant chacun lorsque les citoyens sont formés par les outils les plus efficaces à prendre pour modèles des comportements auto-référencés (président compris) ? Comment mettre en avant le travail comme intégration des citoyens obligés à l'exploitation (donc à la négation de ce qu'il est) sinon au chômage ?

L'identité nationale est donc effectivement malade sur plusieurs plans puisque l'individu, devant trouver son sens en lui même et pour lui même (à noter que quelques grandes entreprises américaines commencent à évaluer le coût de se retrouver avec un management trusté par des sociopathes par ailleurs valorisés), ne peut plus exister sereinement en société. Mais aussi parce que la Nation en tant que source de cette "convocation" de ses éléments dynamiques se délite totalement dans une sorte de sentiment plus ou moins ethnique ou à la morale dans le sens kantien du terme c'est à dire sans recours au vécu mais à un ordre supérieur et dogmatique. Si le service militaire était une cinétique de la guerre et du sentiment patriotique, celui-ci, déjà bien entamé pour des raisons historiques, est définitivement mort avec la disparition de la convocation attenante.
Seule la convocation aux urnes persiste. Or comme la démocratie est loin du rendez-vous on peut comprendre que comme l'identité est requise pour l'existence (post ou pré peu importe puisqu'on a vu que son essence comme son cadre tendent à disparaître) la violence de sa revendication ne sera pas facile à maîtriser même avec un ministère tonnelesque.

16 avril 2007

Web2Wave (1)

A lire:

Outils:
Prospective:

14 mars 2007

Intercut post-téléphonique

Aujourd'hui le téléphone est en pleine mutation technique:
  • Mobilité, qui permet de communiquer avec toute personne en direct depuis tout lieu
  • VOIP, qui offre un nouveau support et l'intégration à de nouveaux services de communication orale
  • Ajout de l'image, avec la visiophonie la communication peut ajouter à la voix le registre expressif du visage
  • Encapsulation dans un appareil qui fait d'autres choses
Ces évolutions pourtant majeurs n'ont pas fondamentalement changer notre comportement au téléphone et son usage reste spécifique. Essayons déjà de voir en quoi il s'agit d'un objet particulier dans un monde remplis de médias différents.

Si on analyse le lancement d'un des derniers appareils téléphoniques annoncés comme révolutionnaires, l'iPhone, on s'aperçoit que l'un des slogans les plus efficaces semble aussi le plus trivial: "la killer-app' c'est le téléphone" (le service rendu mis en valeur par l'objet c'est le téléphone). Comme si l'objet habituel était devenu autre chose avant tout. C'est pourtant bien le cas: appareil photo, caméscope, outil de saisie de texte, navigateur internet, navigateur GPS, agenda... qui rendent l'utilisation de l'application téléphonique compliquée, pourquoi ? Comment l'iPhone règle-t-il le problème ?

C'est son pouvoir d'interruption qui est remis en avant. Les autres usages sont d'initiative personnelle, seul le téléphone doit rompre l'activité en cours. Remarquons que cette interruption peut bien sûr, et heureusement, être refusée, une action paramétrée à l'avance est alors lancée: répondeur automatique permettant à l'interrupteur d'expliquer son besoin d'interruption, transfert vers un autre interlocuteur qui pourra être interrompu, signification à l'interrupteur que son interruption n'est pas souhaitée...
Ce pouvoir d'interruption est souhaitable car en effet le dialogue et l'oralité demandent une interaction connectée en direct (ceux qui ont communiqué à longue distance connaissent l'inconfort entraîné par la perte de synchronisation due aux temps de réponse). Mais serait-ce le seul cas d'interruption souhaitable ? La synchronisation n'est-elle obligatoire que pour un dialogeu d'humain à humain ? Nous avons vu que la technique s'enrichissait (et on pourrait encore ajouter des choses comme la transformation d'un message oral sur répondeur en message texte par mail par exemple) mais que au final l'usage de l'interruption n'avait pas changé. Pourtant les besoins de communication d'initiative personnelle sont toujours plus grands. Voilà donc un rapport interactif qui n'aurait pas besoin d'évoluer depuis le téléphone...

Un autre service d'interruption est apparu en réalité: l'agenda qui est l'anticipation d'une interruption nécessaire à venir. Dans les faits les agendas actuels n'ont aucune action rattachée et ne se servent que de la fonction d'alerte du téléphone (de l'interruption) et n'en constituent pas une. Voici quelques possibilités d'actions programmables:
  • Repousser l'alerte (fonction existante)
  • Refuser l'interruption (fonction parfois existante)
  • Transférer l'interruption
  • Envoyer une alerte de retard aux autres intervenants
  • Envoyer une demande de report
  • Facturer ou annuler la facturation d'un service
  • Accéder à la tâche que constitue l'interruption
Ces simples actions permettent la gestion de cas nouveaux, par exemple: prise en charge des enfants à la sortie de l'école, formation téléphonique, restauration à domicile. Ils ouvrent aussi l'interruption à de nouveaux usages (à imaginer pour la plupart): rencontres physiques sans phase d'organisation, accès d'urgence à des contenus... C'est un nouveau rapport à l'information dont le média universel est devenu internet, sauf que l'internet est fait pour relier dans la participation volontaire et que l'intercut est fait pour relier par l'interruption.

22 février 2007

Etat-civil 2.0 (1)

Brouillon - Ici la définition de l'idisme commence cruellement à manquer, nous verrons bien.

L'identification est basé sur la nécessité de garantir à chacun une place dans la société: avant d'être soi nous pouvons être reconnus comme un autre par ceux qui nous entourent et ainsi construire notre identité autour des relations qu'ils nous permettent de lier. Arrivés en âge de nous prendre en charge il nous faut trouver la garantie de pouvoir exister sans la protection concentrique. Si l'identification semble donc naturelle a priori pour construire son identité et pour en empêcher l'usurpation par la suite, le rappel incessant de ses caractères pose problème. Il ne faut pas oublier non plus que notre identité est déjà construite dans les univers sociaux (sauf dans les univers secondaires comme Second Life, nous y reviendrons) et que l'accès à celui-ci n'est finalement pas garanti par un identifiant de l'utilisateur mais par un identifiant du point d'accès au réseau. Des solutions comme OpenId commencent à se passer de l'identification réseau mais fonctionnent selon le même principe. Est-il vraiment naturel en revanche de créer de nouveaux "identifiants" à chaque fois que nous voulons nous inscrire dans un comportement particulier ? Certes des outils nous permettent de gérer plus ou moins facilement le passage d'un"pseudonyme" à un autre mais c'est tout de même une drôle de relation à soi et aux autres que d'être obligé à la schizophrénie formelle. Sans compter la possibilité de pister un individu.
Dernièrement je me suis retrouvé dans une drôle de situation: confronté à un comportement de déviance j'ai réussi rapidement à recouper divers moyens de reconnaissance mis à disposition par un utilisateur (malgré une stratégie de chiffrement). J'ai pu le pister à travers le web, j'ai pu analyser les caractères communs des divers moyens de reconnaissance choisis par la personne et ses lieux d'existence, j'ai bénéficier de travaux de reconnaissance comparables d'autres utilisateurs, j'ai eu accès à une grande partie de sa base relationnelle, par ailleurs et de par lui je me suis retrouvé en face du noyau de sa stratégie sociale (forcément méthodique puisqu'étrangement structurée dans le déni d'autrui). Mais pourquoi pouvoir aller si loin ? (pourquoi le faire aussi ?) J'aurais même pu arriver à des informations administratives peut-être.

Une centralisation des moyens d'identification peut être intéressante, mais pour quoi faire ? Les outils d'identification doivent-ils servirent à l'interaction ?On pourrait imaginer par exemple la génération d'un moyen de reconnaissance(pseudo, avatar ou autre) aléatoire attaché à l'identification centralisée et référencée pour les webmasters. Certains forums proposent un espace dédié à la présentation des nouveaux membres. Dernièrement FredCavazza a proposé une présentation de Second Life en immersion à des professionnels, là encore on pourrait imaginer une approche plus générale d'accompagnement au sein d'un univers social. Finalement peu importe, à un niveau local, que la personne soit identifiée formellement, il suffit qu'elle soit reconnue et de savoir que des moyens d'identification existent et peuvent être requis de manière encadrée si besoin est. A partir de ces dispositifs d'intégration on peut imaginer des portées plus ou moins grandes des moyens de reconnaissance avec pour chacun des rapports au privé, à l'intime, au concentrique, à la communauté et au publique.


12 décembre 2006

Web3: permettre l'immersion

J'ai abordé précédemment le problème de la numérisation de l'identité et la nécessité d'une théorisation. Une solution plus rapide serait de laisser l'utilisateur se socialiser dans un univers pseudo-virtuel plus ou moins proche de la réalité comme Second Life. L'immersion serait totale dans un univers donné, sans relation avec la réalité. En fait nous créons là une multitude de nouvelles bulles d'espace vectoriel qui auraient leur propre cohérence. Pour autant, évidemment, je vois toujours d'un mauvais œil cette tenace volonté d'éviter la théorisation et le rapport à l'Histoire ou aux autres sciences humaines (ou sciences cognitives ou autre d'ailleurs) qui elles s'intéressent au phénomène. Un Web 3.0 aux mains de techniciens aboutira à n'en pas douter à la naissance du Web 498.0 dans 10 ans en multipliant ainsi des demandes d'adaptation et l'impression "passage à la caisse" de l'utilisateur qui ne suivra pas nécessairement toujours les campagnes markéting même organisées avec le plus grand soin. Certains d'entre nous connaissent cette histoire de ce joueur qui aurait "oublié" de s'alimenter pendant une séquence de jeu en ligne trop longue, dans un univers virtuel, en Corée du sud... pour autant soyons objectifs ce genre de comportement addictif est peu courant, ne peut être rencontré dans un cadre où le lien social avec la réalité subsiste et ne représente de toutes façons pas un objectif en soi. L'idée serait donc non pas d'inventer des bulles d'espaces vectoriel supplémentaires avec la présence d'une "porte" comme dans Alice au pays des merveilles mais tout simplement d'étendre notre espace vectoriel déjà existant. Il ne faut pas oublier non plus les entreprises dans les problématiques à venir: le système d'information en lui-même mais aussi sa propre interaction dans l'espace vectoriel qui se dématérialise de plus en plus. Les entreprises sont des micro-sociétés plus ou moins flexibles et adaptatives en fonction de contraintes fortement économiques et représentent, dans un cadre de richesse économique, un formidable moteur pour entrainer le reste de la société. Reste le rapport avec l'Internet lui-même. Comment s'immerger dans un espace quand la relation à celui-ci est mono-dimensionnelle même si la richesse de la relation peut s'entretenir temporellement en multipliant les interfaces (grâce notamment aux navigateurs évolués comportant, par exemple, des onglets) ? Le web 3.0 ne peut être qu'un gadget si il n'y a aucune cohérence entre les diverses dimensions de la problématique sociale et notre rapport à l'espace vectoriel permettant la transmission.

27 octobre 2006

Une identité numérique

Notes et réflexions

Qu'est-ce qu'une identité numérique ?
C'est avant tout un moyen d'exister de manière numérique, c'est à dire nous permettre d'interagir avec le milieu, l'espace vectoriel, influencer celui-ci et aussi s'y adapter. Conformément à l'idisme (dont je reparlerai), nous avons à notre disposition, dans le monde réel, un ensemble d'outils de tenseurs de transformations, de vecteurs de communication, de torseurs d'action, de pointeur mémoriel et de projecteurs d'intégration qui permettent d'interagir et l'identité nous permet de faire des choix, de s'adapter, d'exister et, nous y reviendrons, elle introduit la réflexivité, la conscience, l'identification. Nous parlons là du processus de construction, ce qui n'est pas suffisant.

En effet, pourquoi créer une identité numérique attendu que nous possédons déjà une identité qui nous suffit ? Il y a là 2 phénomènes distincts: l'imposition d'un rôle dans l'emploi d'un outil numérique puis son usage, l'existence de moyens attractifs de socialisation. L'imposition d'un rôle étant fondée sur une relation (ensemble référencé d'interactions suivies) externe à l'outil numérique je n'en parlerai pas pour l'instant car il ne s'agit pour l'instant pas réellement d'une identité numérique (il faudrait inclure la chaine de pouvoir, l'exercice de l'autorité... etc.). Je vais donc plus m'attarder sur le deuxième phénomène. Nous voyons apparaître ici et là des services qui permettent l'interaction, d'autres qui créent des références (et des "réseaux" de références), d'autres encore nous donne des outils de projection ou de transformation qui vont nous permettre d'influencer les divers milieux numériques. Or je crois qu'il y a problème (non efficacité) en raison de l'unification de plusieurs notions qui nous empêchent de nous investir plus avant dans le système.

1) L'identification
L'identification est un processus avant tout interne qui permet d'être soi-même dans un espace c'est à dire, plus simplement, un projecteur qui va permettre à l'identité de s'appliquer sur elle-même dans un nouvel espace vectoriel. Ce phénomène est particulier car il y a bien interaction avec le système, le processus doit donc tant qu'à faire limiter les incidences et pour cela générer une face suffisamment neutre pour que tout sujet ne puisse pas la trouver négative.
L'identification externe découle d'une autorité supérieur. Il faut donc d'abord que cette autorité soit acceptée, c'est à dire que la restriction à un rôle ne soit pas remise en cause et qu'elle permette d'accéder à un espace suffisamment utile (idée de gain). Le processus doit encore une fois être le plus neutre possible or il y a imposition d'un rôle, pourquoi dans ce cas instaurer un processus explicite ? Les différentes études démontrent qu'une explicitation constante de l'autorité est contre-performante et aboutit à des rébellions et que l'implicite n'en empêche absolument pas le bon usage et l'implication (ce qui n'est pas étonnant): le face-à-face amenant à l'imposition du rôle doit être positif, que le rôle lui-même soit positif ou négatif.

2) La reconnaissance
Les outils du processus d'identification externe (souvent le login, l'adresse IP, un certificat parfois synchronisé sur des postes clients...) sont régulièrement utilisés comme processus de reconnaissance, même en l'absence de toute autorité. La reconnaissance englobe plusieurs choses ; son utilité découlant de l'élaboration d'une relation j'y reviendrai plus en détail par la suite. La définition est nécessaire pourtant, je dirais qu'il s'agit de l'interaction première, anonyme, qui permet de rattacher l'autre à la référence d'un ensemble d'interactions passées et que l'on veut suivre (c'est à dire qu'on souhaite y trouver une cohérence certainement pour pouvoir en tirer des perspectives de développement, c'est évidemment intéressé). La question de l'interface se pose inévitablement dans un espace de sur-représentation de la communication par l'écrit, le vecteur scripté.

3) L'interaction
L'interaction directe avec le système est peu naturelle, je crois, et est pour l'instant plutôt réservée à des personnes compétentes à ce niveau. Je dirais que l'interaction se fait plutôt avec d'autres usagers du système et que l'interaction avec le système en découle ou que ce dernier se fait passer pour un autre usager.
Pour ce qu'est une interaction (sujet central) il vaut mieux se référer à Erving Goffman.

4) La référence
Un système référentiel est nécessaire. Au niveau personnel l'image du pointeur est bonne. Il faut la voir comme une action (c'est donc une définition un peu différente en informatique) de référencement non neutre. Comme la mesure en physique quantique l'action de pointer en structure l'objet. La référence numérique peut être comparé à un pointeur "mémoriel", elle est plus identifiante et abstraite.
Il faut donc savoir comment mettre en oeuvre une telle référence, qu'elle soit accessible, partageable au besoin, temporairement et partiellement, et surtout définir des champs de références pour pouvoir facilement les croiser en cas de besoin. Si on arrive à en adoucir son rapport et à créer un espace émotionnel on a gagné mais je n'y crois pas.

5) La relation
La relation est un premier objectif à l'exercice du dialogue. En cumulant les interactions avec autrui nous affinons sa face polymorphe et nos moyens de reconnaissance. La relation est à la fois une référence d'interactions passées et un investissement pour des interactions futures potentielles qui peuvent nous rendre service. Plus l'ensemble des interactions est homogène plus la relation est lisible plus il est facile de créer une nouvelle interaction du même type. Plus l'ensemble des interactions est hétérogène, plus le potentiel de nouveauté interactive est grande, plus le champs d'applications des services rendus est grand. Le service rendu, de manière générale, c'est la recherche d'un élément stabilisant (purement social, affectif, professionnel, matériel ou autre). Le service numérique peu être l'échange de l'interaction en lui-même, le partage d'informations tirées de notre identité numérique (plutôt sur des références, ou par l'augmentation ou l'enrichissement de la face numérique, l'accès à de nouvelles informations identitaires).
Le reconnaissance permet la réouverture à tout moment de la relation. Il s'ensuit un phénomène nouveau, inconnu du monde physique qui présente les caractéristiques justement effacés par le numérique que sont présence/absence ou loin/proche: le spamming relationnel, la réouverture non sollicitée de la relation. Le temps est bientôt fini de la connexion-déconnexion, il faut considéré que dorénavant nous sommes présents et proches, à la merci de la reconnaissance (même valorisante) d'un autre usager lié par une relation. Limiter cette reconnaissance est contre-performant: si l'identification n'est pas souhaitable nous voulons être reconnus dans le cadre sociétal, communautaire ou relationnel que nous avons mis en place.

6) La face
L'interaction, anonyme a priori, implique l'usage d'une face. Celle-ci est réservée, a priori, à l'interaction en cours, mais peut être élargie à une communauté, à l'ensemble de la société. Si une relation se met en place, c'est à dire qu'on lie un ensemble d'interactions, il s'ensuit une succession de présentations de faces distinctes (l'homogénéité étant la qualité du lien, l'hétérogénéité étant la richesse de la prospective). Lier toutes ces faces entre elles relève d'une certaine violence et est rarement accepté puisque dans la vie courante il s'agit d'un cas de rupture du contrat tacite de l'interaction et agir ainsi dénote d'une imcompétence sociale certaine en dehors de cadres précis: jeu sur le thème image/masque/miroir, analyse psychologique de fond sont des exemples qui possèdent des cadres extrêmement stricts.
L'objectif du lien social n'étant pas l'analyse de la face mais plutôt la prospective utilitaire découlant de la relation le risque encouru d'une référence des faces devient trop grands puisque c'est une cause précise de rupture relationnelle. Si, comme dit plus haut, ce sont les relations qui sont référencées, une multitude de faces est possible: se pose alors la question de la reconnaissance, c'est à dire de l'interface. Comment reconnaître une multitude de faces ? Il est en réalité plus pertinent d'ailleurs de parler de face polymorphe lorsqu'il y a effectivement reconnaissance. L'interface est la base d'outils de reconnaissance, permettant la succession de présentations de faces, décorellée pour autant de l'identification.

7) La communauté
A la notion de réseau dont l'utilitarisme est tellement lisible qu'il en devient inconfortable, je préfère la notion de communauté. La communauté est un ensemble de personnes, d'usagers du système en l'occurence, qui sont susceptibles de vouloir lier une relation: il s'agit de probabilité donc la communauté doit rester ouverte, le communautarisme découlant de l'identitaire et l'identitarisme que j'aborderais avec l'idisme. Cette probabilité est basée sur l'interaction avec le milieu que je propose comme restreinte principalement à l'usage, c'est à dire qu'il me semble efficace de proposer des outils communautaires en relation avec les us et habits des personnes, ici les usages des usagers. Je rentre ici dans une proposition de moyen alors que par ailleurs je propose un cadre: parce qu'il me semble tout à fait irréaliste de baser cette communauté, ce réseau, sur l'inscription a priori et sur les outils de l'identification.

8) L'investissement
Il y a un grand nombre de raisons possibles à une inscription. Pour autant une société fonctionne bien à partir du moment ou ses usagers s'investissent. Pourtant les promoteurs des nouveaux services communiquent sur l'inscription, s'étoffent sur les allégeances successives, oubliant que la démocratie est un outil d'efficacité par l'investissement. Il s'ensuit la nécessaire interopérabilité des services et la navigation libre entre les diverses communautés rencontrées (et non choisies, il s'agit d'un ensemble d'usages). Un usager investi partage, multiplie les interactions et les capitalise en relations référencées, projette son identité vers son identité numérique, se conforme au rôle que son autorité supérieur lui donne et travaille stratégiquement à l'atteinte d'objectifs avec les outils qu'on lui fournit à cette fin.
Il serait aussi intéressant d'étudier les perversions déjà apparues: le troll, le spam, le pseudo vampirisé, le traffic d'identifiants...


La question du "comment" vient inévitablement à l'esprit du technicien. Dans l'hypothèse ou j'aurais une réponse il serait bien improbable que je la divulgue sans chercher à la mettre en oeuvre personnellement dans la mesure où j'en aurais les moyens.


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