14 mars 2007

Intercut post-téléphonique

Aujourd'hui le téléphone est en pleine mutation technique:
  • Mobilité, qui permet de communiquer avec toute personne en direct depuis tout lieu
  • VOIP, qui offre un nouveau support et l'intégration à de nouveaux services de communication orale
  • Ajout de l'image, avec la visiophonie la communication peut ajouter à la voix le registre expressif du visage
  • Encapsulation dans un appareil qui fait d'autres choses
Ces évolutions pourtant majeurs n'ont pas fondamentalement changer notre comportement au téléphone et son usage reste spécifique. Essayons déjà de voir en quoi il s'agit d'un objet particulier dans un monde remplis de médias différents.

Si on analyse le lancement d'un des derniers appareils téléphoniques annoncés comme révolutionnaires, l'iPhone, on s'aperçoit que l'un des slogans les plus efficaces semble aussi le plus trivial: "la killer-app' c'est le téléphone" (le service rendu mis en valeur par l'objet c'est le téléphone). Comme si l'objet habituel était devenu autre chose avant tout. C'est pourtant bien le cas: appareil photo, caméscope, outil de saisie de texte, navigateur internet, navigateur GPS, agenda... qui rendent l'utilisation de l'application téléphonique compliquée, pourquoi ? Comment l'iPhone règle-t-il le problème ?

C'est son pouvoir d'interruption qui est remis en avant. Les autres usages sont d'initiative personnelle, seul le téléphone doit rompre l'activité en cours. Remarquons que cette interruption peut bien sûr, et heureusement, être refusée, une action paramétrée à l'avance est alors lancée: répondeur automatique permettant à l'interrupteur d'expliquer son besoin d'interruption, transfert vers un autre interlocuteur qui pourra être interrompu, signification à l'interrupteur que son interruption n'est pas souhaitée...
Ce pouvoir d'interruption est souhaitable car en effet le dialogue et l'oralité demandent une interaction connectée en direct (ceux qui ont communiqué à longue distance connaissent l'inconfort entraîné par la perte de synchronisation due aux temps de réponse). Mais serait-ce le seul cas d'interruption souhaitable ? La synchronisation n'est-elle obligatoire que pour un dialogeu d'humain à humain ? Nous avons vu que la technique s'enrichissait (et on pourrait encore ajouter des choses comme la transformation d'un message oral sur répondeur en message texte par mail par exemple) mais que au final l'usage de l'interruption n'avait pas changé. Pourtant les besoins de communication d'initiative personnelle sont toujours plus grands. Voilà donc un rapport interactif qui n'aurait pas besoin d'évoluer depuis le téléphone...

Un autre service d'interruption est apparu en réalité: l'agenda qui est l'anticipation d'une interruption nécessaire à venir. Dans les faits les agendas actuels n'ont aucune action rattachée et ne se servent que de la fonction d'alerte du téléphone (de l'interruption) et n'en constituent pas une. Voici quelques possibilités d'actions programmables:
  • Repousser l'alerte (fonction existante)
  • Refuser l'interruption (fonction parfois existante)
  • Transférer l'interruption
  • Envoyer une alerte de retard aux autres intervenants
  • Envoyer une demande de report
  • Facturer ou annuler la facturation d'un service
  • Accéder à la tâche que constitue l'interruption
Ces simples actions permettent la gestion de cas nouveaux, par exemple: prise en charge des enfants à la sortie de l'école, formation téléphonique, restauration à domicile. Ils ouvrent aussi l'interruption à de nouveaux usages (à imaginer pour la plupart): rencontres physiques sans phase d'organisation, accès d'urgence à des contenus... C'est un nouveau rapport à l'information dont le média universel est devenu internet, sauf que l'internet est fait pour relier dans la participation volontaire et que l'intercut est fait pour relier par l'interruption.

4 commentaires:

Bruno a dit…

Cher ami, votre phrasé est toujours ce qu'il a été, mais provoque en moi une indigestion, sur ce sujet.
J'ai l'impression que vous bloguez à la légère
;)

ropib a dit…

Indigestion légère alors ? C'est comme la crème anglaise du coup... ça me va. Même si le banana split (sa mère!) c'est un peu plus viril.

J'avais pensé à un truc: le vote par internet avec une interruption obligatoire à définir. Bref je pense qu'il n'y a pas que la voix et l'interaction directe qui nécessite le service rendu seulement par le téléphone aujourd'hui.

Se rendre compte de la particularité du téléphone, c'est bien. S'y arrêter serait étrange.

Et puis j'aime bien le mot "intercut". Comme JCVD quand il dit que 1+1=11. Il s'y arrête parce que la musique est belle. Finalement ça suffit peut-être.

Youss a dit…

L'analyse de l'interruption du téléphone me semble pertinente.

La mise en place d'alternative à ces interruptions (quand elles existent) peut correspondre à un besoin peut être non exprimé, mais un besoin latent, qui ne dit pas son nom.

Tout cela mérite d'être étudié, pour ne pas tomber dans le gadget mais bel et bien proposer des outils nouveaux qui apporteront une valeur ajoutée aujourd'hui réservée à quelques type de téléphones (smartphone, blackberry...).

ropib a dit…

Certes. Mais penser d'abord aux services aurait tendance à orienter vers un gadget justement. Là il faut définir un protocole parce que j'entends déjà Orange dire qu'avec des sms on peut tout faire, auquel cas ils auraient raison et laPoste a raison de dire qu'on peut tout faire avec des courriers.

Parce que derrière il s'agit aussi de dialogues entre appareils... je ne rentrerai pas dans les détails parce que cela mériterait un article supplémentaire mais en gros l'interruption se définit aussi dans le cadre de l'individu augmenté (c'est à dire lorsque des automates prennent en charge des actions qui auraient nécessité le recours à une intervention consciente).