09 juillet 2008

Une, autre

Trois hommes faisaient un grand feu dans le désert pour indiquer le chemin. Se faisant ils chantaient le nom de Normand pour lui faire fête. Le dieu léger qui s'était mis à danser manquait de tomber par terre et planta son bâton d'acier dans le sol pour se retenir.
Ganz, plusieurs fois fils de Normand, descendit des cieux par petites touches, tout d'abord calmement puis bien vite il se fit presque torrent dans le vent. Une jeune fille était apparue au milieu d'une savane sauvage et, surprise par la pluie, marchait, courrait presque vers son foyer s'y mettre à l'abri. Drapée de couleurs, son corps se collait au tissu de son vêtement maintenant trempé. Ganz sentait sur ses mains, entre ses bras et ses jambes, les formes juvéniles de la jeune fille. D'abord pressée elle se mit à ralentir, son souffle haletant, ressentant un poids dans son dos puis des mouvements: elle portait maintenant le dieu étranger sous l'apparence d'un singe pesant. La pluie cessa tout à coup, la jeune fille s'arrêta et demanda:
- Quel est le dieu qui m'apparaît si petit ? - Qu'importe le nom. Je te veux belle à travers le temps, reprends ta marche et où que tu ailles j'embrasserai le paysage, répondit le dieu Ganz.
Arrivée bien plus tard aux abords de la Cité la jeune fille était devenue femme, son vêtement blanc et cintré, laissant deviner un corps rond et ferme. Le dieu Ganz était reparti dans les cieux et aveuglait d'un soleil occidental les restes effilés et dorés d'un précédent orage. Elle s'arrêta devant l'espace et dit mutine
Dieu coquin, dieu vilain ! Me voilà face à cette méchante porte et je ne sais trop si je dois la tirer ou la pousser.
Elle entendit une plaie s'ouvrir loin à gauche du ponant, grande de la terre jusqu'au ciel. Un vent plein de senteurs de métal allait couvrir bientôt les fleuves et les champs de la couleur du sang, mais c'est la main d'une soeur qui pour l'instant se posait, tendresse fraternelle, sur ses bras libres et nus.
Dans ses "Mémoires au fil du chemin" (1522) l'explorateur Abriel Fos rapporte que le roi Abu aurait commenté cette aventure comme suit:
Quand il ne reste plus d'espace la souris creuse.
D'un point de vue personnel je souhaiterais avoir l'occasion de laisser s'exprimer ma fainéantise. Mais le monde ne peut que m'accompagner ou m'anéantir alors que j'hésite entre le faire et le laisser faire. C'est donc avec cette impression de violence que je choisis de continuer à vivre le temps et à construire mon palais... nous verrons bien demain ce que Illa [note: certaines populations donnent à l'héroïne de l'histoire le nom de Illa, du nom d'un personnage qu'on retrouve dans de nombreux contes oraux d'origine païenne (je crois)] fait en face de cette fausse fausse alternative, mais alors tu seras loin de toute métaphysique. Une théologie verrait ici des choses moins fondamentales permettant ainsi la construction de ce que tu appelles civilisation tandis que chez nous nous resterions en proie à nos sympathiques petites envies. C'est pourquoi il faut préférer se rappeler des questions plutôt que des réponses.

2 commentaires:

ropib a dit…

Nulette et Nullos sont sur un bateau, qu'est-ce qui se passe ?

En même temps je crois qu'on peut interpréter la fin du texte comme étant une présence diffuse d'Ondine, ça voudrait dire que quelqu'un fait un pari sur notre héroïne, peut-être elle-même.

Après je suis assez content du dieu Ganz à la généalogie qui semble compliquée (je ne sais pas encore s'il s'agit d'une sorte de satyre hermétique) et Normand a décidément la classe ultime. Je trouve. Et puis Abu semble fan de football espagnol quand même, non ? En tous cas nous voilà avec une morale qui n'excuse pas la bêtise.

ropib a dit…

C'est un peu idiot ce que j'ai dit plus haut. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point ce ne pouvait être qu'Ermandère la déesse soeur, avec tout ce sang, le futur qui s'ouvre sur les responsabilités d'un choix à venir.

De la pluie, d'un dieu plusieurs fois fils d'un mâle, la jeune fille devient femme. On pourrait se demander si elle est enceinte mais le dieu semble vouloir être simplement porté, passivement. Tout est dans la potentialité: c'est la puberté.

Enfin voilà une nouvelle lecture...