09 avril 2006

Une tour

L’air est quasiment irrespirable. Heureusement la brume m’empêche de voir le hideux spectacle qui est à mes pieds ou plutôt à mes genoux.
Oui, mes pieds s’enfoncent entre les corps ouverts et humides. L’odeur des chaires en putréfaction, depuis plusieurs semaines pour certaines, est insoutenable et se mêle maintenant à celle de mon vomi que je viens de rendre sur ma barbe. J’avance péniblement, les morts que je foule sont tendres et durs à la fois et je sens leurs sangs remplir mes chausses.
Le bruit du métal est assourdissant. Les hommes se transpercent, s’écrasent les uns les autres sans un seul cri, sans espoir, sans passion. Mon ami à mes côtés, fatigué, ne respectait plus nos lignes de tir depuis quelques minutes, une de nos flèches lui arrache la jambe. Il ne parle pas, il continue à se diriger vers les combats à cloche-pied, tombant à tout moment sur ce terrain trop instable et se relevant en s’appuyant sur son épée plantée dans les morts qui lui font face. Tandis que sa tête explose sous la masse d’un soldat des Mille Miles, je tue mon premier homme de la journée, puis mon second...
Aujourd’hui il me semble que les alliances se sont encore retournées. En effet les soldats des Mille Miles semblent se battre aux côtés des troupes d’Albertville. Heureusement je vois que nos amis du Territoire-de-Pierre sont encore à nos côtés. Depuis des semaines maintenant pas moins de 7 camps s’affrontent sur ce minuscule champs de bataille. Tous les jours de nouvelles alliances et de nouvelles trahisons à repérer sur le terrain ! Il m’est arrivé plusieurs fois de combattre un jour des soldats alliés et de me retrouver le lendemain à leurs côtés sans que ni les uns ni les autres ne sachions que pendant la nuit nos camps respectifs s’étaient à nouveau déclaré la guerre.
Tandis que j’enfonce mon épée dans un homme à terre, qui n’a plus de jambe mais qui continue à brandir dangereusement sa lance, je vois le brouillard se lever peu à peu. A en juger par son état, l’homme devait être dans cette position depuis plusieurs jours. Sans jambe, sans manger, sans repos, combien d’homme avait-il encore réussi à tuer ? La lumière revenant, je peux voir le spectacle qui m’entoure. Oh, pas bien loin avec tous ces hommes qui se battent. Pourtant il me semble distinguer quelque chose au milieu du champ de bataille.
Une tour se dresse. Elle n’est pas bien grande ni très solide, mais il est pourtant certain que cette tour construite pendant la nuit représente pour nos armées fatiguées le signe de notre défaite totale.
C’est alors que, pris de folie, je me mets à courir en criant, j’entends ma voix pour la première fois depuis des jours, brandissant mon épée d’une main, une masse d’armes que j’avais prise à un adversaire de l’autre. Je m’élance vers leur tour et j’entends tous mes compatriotes me suivre à leur tour.

1 commentaires:

ropib a dit…

Une clé: ce texte est le même que "Le soleil"