09 juin 2006

Chevalerie

Je m’approchais d’elle. Sale et en haillons, elle semblait être endormie. Elle était belle, brune aux cheveux courts, les traits fins, elle avait le genre fragile. Des traces de sang séchées et de brûlures indiquaient, s’il en était besoin, qu’elle n’était pas en forme. Heureusement elle était à l’ombre de l’épave déchiquetée, mais la chaleur était tout de même écrasante. Je la touchais, elle ne bougeait pas... inconsciente ? Je tâchais de lui faire ingurgiter de l’eau sans succès. Il n’y avait que des montagnes dans les parages, c’est à dire visible à l’horizon de ce désert plat, qui étaient suffisamment protégées pour la soigner. Je regardais s’il n’y avait personne d’autre dans le même état. Deux cadavres en uniforme gisaient de l’autre côté. L’équipage devait être parti depuis bien longtemps.
Je voulais la prendre sur mes épaules pour la poser sur le dos de mon camélopard, mais je sentis une résistance au niveau de son pied. Comme je ne voulais pas lui faire de mal je regardai soigneusement. A genoux devant elle, un instant je crus qu’elle s’était relevée et qu’elle avait ouvert des yeux verts pour les poser sur moi, mais non elle restait inerte, je pris son petit peton tout nu dans mes mains calleuses : elle avait la cheville attachée. Une tige de métal allait se fourrer dans un monticule de sable assez élevé que j’avais remarqué sans qu’il m’intrigua davantage. En fouillant le sable je découvris un assez gros objet en métal. Je devais avoir actionné un système électronique car l’objet changeait de forme et des voyants s’allumaient. En le déterrant encore un peu je compris dans quelle situation je m’étais mise. L’objet était une bombe nucléaire stratosphérique ! Mon cerveau calcula à toute vitesse. Si une bombe stratosphérique peut tuer toute la moitié d’une planète par son onde de choc, à la surface, et qui plus est au niveau d’une couche de sable bien profonde, l’effet était bien moindre. De plus les retombées radioactives étaient très limitées avec ce type d’engin.
Je brisai de ma lame la tige de métal, pris la femme sur mes épaules, sans omettre de me demander qui elle était pour avoir une garde rapprochée et un tel système de destruction à ses pieds, enfournai mon camélopard et fonçai vers les montagnes que j’espérai suffisamment solides pour encaisser le choc. Situées à un peu plus de 80 km d’ici, je pourrai peut-être les atteindre en moins d’une demi-heure si mon camélopard était de bonne humeur. En espérant qu’une demi-heure serait suffisante pour échapper à la déflagration. Mais connaissant les habitudes militaires octorites, j’avais ma chance.
Mon camélopard accéléra lentement mais il répondait à mes sollicitations. Ses grandes jambes se mettaient en action. Le mouvement était assez raide au début avec une amplitude encore mesurée. Quand on voit un camélopard se mettre à courir, on a toujours l’impression qu’il se meut au ralenti. Puis, à mesure que la vitesse augmentait, il devint plus souple en lançant ses longues pattes loin vers l’avant. Il fallait trouver maintenant une autre position sur son dos devenu instable et je me mis sur la scelle située sur ses épaules. Je mis la femme devant mes jambes et la protégeai de la couverture. Je fermai mon vêtement au niveau de mon visage tout en tenant fermement les guides.
Mon camélopard se laissait tout à fait manœuvrer comme je le souhaitais et cela me rassura un peu. Pendant tout le chemin je m’attendais à entendre une énorme explosion derrière moi et une vague me rattraper et me déchiqueter ou bien..., je ne savais pas ce qui pouvait se passer.
Je vis les montagnes s’approcher lentement. Le terrain changea un peu et la course de mon camélopard ralenti franchement avant de ré accélérer mais à une vitesse moindre et avec une course plus saccadée, le sable était décidément son milieu naturel. D’une agilité pourtant surprenante pour un animal de cette taille, il avalait les obstacles avec facilité et j’étais maintenant obligé de me tenir sportivement sur la scelle. Derrière une des premières montagnes, assez large d’ailleurs, il fallut un certain temps pour la contourner, je trouvai une grotte que je connaissais. Assez étroite et avec un cheminement complexe, elle devait nous mettre à l’abri de l’onde de choc.
J’entrai donc en traînant mon animal épuisé, la femme sur mon épaule. Après le premier coude, je sentis une présence dans l’obscurité.
« Arrêtes-toi sale con ! ... »

« ...Merde !
- Putain on va tous mourir !
-Ta gueule ! j’tai dis que tout allait bien ici.
-J’le savais. Saloppe !
-Tu vas la fermer ta putain de gueule ?! »

Deux hommes étaient face à moi. Ce qui voulait dire qu’il y en avait un troisième derrière moi et à quelques mètres. Trois c’était beaucoup, je devais éliminer d’entrée le tout faible qui était légèrement à gauche de celui qui avait parlé en premier. Je devinais dans l’obscurité que ce dernier s’était fait greffer une griffe à projectiles à la place du bras droit, ce qui me répugna tout à fait.
Ils n’étaient armés à mon avis que d’armes blanches. Cette femme devait représenter une menace incroyable pour que des gardes octorites se baladent sans l’artillerie habituelle. Je levais pourtant les bras en lâchant la femme en signe de non-agression.
Il y avait une grosse pierre devant mon pied droit. Je le mis en contact avec elle pour lui appliquer une force constante et ne pas me faire mal au moment de la projeter, et mine de rien je fis pivoter mon camélopard pour être prêt à l’attaque de celui qui était positionné derrière moi.
Je jetai du pied la pierre au visage du tout faible qui s’écroula, décidément très chétif. Je plongeai vers le second homme en évitant le tir de sa griffe et en éjectant ma lame de son fourreau. Arrivé à terre et à environ un mètre de l’homme qui restait prostré, je vis que ma lame avait butté sur l’intérieur de l’articulation de sa hanche : je lui avais découpé net la cuisse dans toute sa profondeur et du genou jusqu’en haut, en suivant l’os. La blessure était terrible et mortelle mais l’homme allait se remettre de la douleur dans quelques instants et je ne devais pas traîner, d’autant plus que le troisième se jetait sur moi. Je l’envoyai balader d’un grand mouvement de la jambe avec une force dont je ne me croyais pas capable. Je pouvais maintenant voir mon agresseur à la lumière qui entrait jusqu’à l’endroit où il était. Il était petit et trapu avec une boule masse à chaque main : je l’avais échappé belle. Tandis qu’il se relevait, il y eut une sorte de flash qui m’aveugla. Une énorme détonation éclata. Mes oreilles se bouchèrent mais par la suite je crus déceler un grand silence régnant partout alentour. Puis un grand vent se leva. La montagne oscilla dangereusement. Le premier homme, qui était mal en point mais que j’avais tout de même oublié de mettre tout à fait hors d’état, tomba à la renverse, mon camélopard gémit et se recroquevilla. Puis tout se calma.
Je vis que le troisième homme se relevait une nouvelle fois. Plus exposé que moi il avait les oreilles ensanglantées, ses tympans avaient dû éclater. Je voyais un sourire sadique se dessiner sur son visage. Soudain je crus ressentir un choc mou sur les épaules et sur ma tête. J’étais allongé par terre mais j’avais l’impression d’être debout et de m’être ramassé verticalement une masse formidable sur tout mon corps. A moitié assommé, j’avais l’impression que mes vertèbres en avaient pris un sacré coup. Combien de temps étais-je resté inconscient ? J’espérais moins d’un centième de seconde, mais ça aurait put être toute une journée. J’arrivais à me relever en titubant, fis face à l’homme... il n’était plus là. Je me retournai vivement, et failli en tomber à la renverse, pensant qu’il avait profité de cet instant de faiblesse... personne si ce n’est le premier homme qui se traînait à terre. Ce dernier réussissait à me viser de sa griffe. Je bondis sur lui et en un instant lui fis une clé de bras. Alors que j’avais ressenti une résistance pendant mon mouvement, il n’y en avait désormais plus aucune et sans le faire exprès je lui déboîtai l’épaule. L’idiot s’était tiré un projectile dans la nuque. Celui-ci avait traversé tout le cerveau et, fiché dans l’os, il affleurait à la surface lisse et chauve du crâne de l’imbécile. Je le lâchais donc et aperçu une masse sanglante sur les parois de la grotte, à l’endroit de l’angle. C’était le troisième homme, je ne voyais pas ce que ça pouvait être d’autre. Restant à l'affût, je m’approchais. La femme était encore vivante et respirait lentement, je sentais son souffle léger sur ma main. Mon camélopard, tremblant de peur mais trop anéanti pour prendre la fuite, était en bonne santé semblait-il, bien que touché par des éboulis.
L’amas sanglant n’avait plus rien d’humain. L’homme avait été projeté sur la paroi avec violence mais il avait implosé en même temps. Ce devait être l’écho de l’onde de choc...
Je l’avais nettoyée, et soignée pendant trois jours avec de la pommade constituée d’argile et de jus de pomme de vulne, ce qui lui donnait un teint cuivré séduisant. Elle avait presque la couleur du caramel. Elle se réveilla. Elle avait de beaux yeux... des yeux d'un noir si profond qu'ils en deviennent presque des miroirs. Je restais sur mes gardes, ma lame échappée de son fourreau, mais je savais que si elle voulait me tuer elle le ferait.

2 commentaires:

Michèle a dit…

Voilà ce que sont les aventures de nos jours , à la mémoire de tous lesjouets "transformiques" et métamorphiques" et des dessins animés japonnais et autres BD pour garçonnets ou adultets . En espérant bien que tel ne sera pas notre futur .

ropib a dit…

Je pense que de tous temps les aventures ne sont que des prétextes...
Le problème du héros je crois c'est qu'il a agit "socialement" en sauvant cette femme. Puis il en est venu à combattre l'autorité (certes peu charismatique) parce que la situation était orientée dans ce sens.
Il va pouvoir comprendre avec le réveil de la femme, peut-être (j'en doute finalement), le sens de ses actions justifiées jusque là que par des apparences.
Et il sait que la situation est périlleuse.

Il y a donc peut-être une notion de relation homme-femme avant même qu'il y ait rencontre... j'essaye d'explorer la chose.