26 juin 2006

Hypérion

Ce soir en rentrant chez moi par le métro je me suis retrouvé en face d'un homme qui lisait le journal. Il portait des lunettes et tenait son journal à cinq centimètres, ou peut-être deux, de son oeil gauche... entre les deux, une grosse loupe. L'homme lisait, difficilement mais tranquillement. Il s'agissait d'articles essentiellement économiques. L'homme plia consciencieusement son journal, mis ses lunettes dans son étui puis se leva. Il quitta élégamment la rame dans son beau costume et je pouvais deviner, parce que je l'avais vu l'instant d'avant, certaines hésitations devant les obstacles.

Cela commence par une sorte de définition de l'Humanité et, mais accessoirement, du vivant. Rapidement les thèmes préférés de l'auteur sont abordés: la souffrance, le handicap, la peur. Par la suite un nouveau thème se présente. Là réside l'intérêt principal selon moi car il est longuement développé sur plusieurs axes plus ou moins explicitement. Le deuil, le thème, n'avait jamais été directement abordé, et surtout aussi longuement, dans les livres que j'avais lus auparavant. Pour assumer ce doute et la question du comment dépasser la souffrance d'autrui jusqu'à l'annihilation, l'auteur impose de manière décevante l'expiation par le sacrifice. Dans un décor de xénophobie, confondant universalisme et communautarisme extrême sous prétexte de l'étendre à l'extraordinaire, qui devient de plus en plus prégnant jusqu'au paroxysme du sentiment identitaire avec le passage à l'acte sacrificiel, l'auteur nous présente la solution de la dignité reconnue d'un être supérieur.
La sacrifiée atteint l'instant de bonheur éternel, après sa mort corporelle en pleine négation du temps, aux côtés de son compagnon, le témoin de ses aventures (auquel le lecteur est poussé à s'identifier). Ils se marient avec l'assentiment du supérieur assermenté alors que les souffrances passées sont dépassées.
Certes nous sommes en présence de la happy-end classique, si bien comprise par Edgar Morin ; exutoire nécessaire après tant de tension, mais elle légitime le sacrifice et lui donne toute valeur métaphysique.

En l'absence de cette autorité paternelle, adjointe de son bonheur suprême et éternel, comment supporter l'injustice d'être né ? Si comme moi on vit la "normalité" génétique, mot terrible mais pourtant décrivant une réalité, si on ne se retrouve dans aucune situation de survie, comment accepter sa propre existence ? La dignité peut-elle être auto-référencée ?
Il y a le chaos physique, le hasard historique, mais je vis la chance. La chance existe, c'est le troisième sommet de l'hypercube. J'ai mauvaise conscience mais croisons les doigts car cela ne sert à rien.

4 commentaires:

ropib a dit…

Dan Simmons

ropib a dit…

Je voudrais te prendre dans mes bras...
Mais je ne sais pas faire.

Un président du directoire stagiaire a dit…

De moins en moins clair le ropi xD
Continue !

ropib a dit…

Il faudrait que je sache déjà ce que tu y vois ou ce que tu y cherches. Qui sait? je pourrais peut-être t'éclairer.