11 août 2006

the Naturals

La scène commence sur un écran noir.
Les noms défilent sur un vieux jazz grave et nonchalant, plusieurs instruments se mélangent, au fond on entend un vague cœur gospel féminin. Puis les notes disparaissent, la musique se fond en un mélange sourd d'où émerge la basse, toujours sur la même note, telle un battement.
Le battement se fait moins distinct et glisse vers le vrombissement, l'écran toujours noir. La scène se fait plus claire mais toujours obscure, un mouvement sombre passe régulièrement devant l'écran au même rythme que ce qui ressemble à des pâles en mouvement lent... puis un moteur qui lâche, qui merde lamentablement.
Caméra subjective (jusqu'à la fin du film), des yeux s'ouvrent encore vitreux sur le ventilateur arrêté: "Shit !" (v-o non sous-titrée jusqu'à la fin du film). Un mouvement dans le coin en bas à droite, il s'agit d'une tignasse de coupe afro, une belle femme (Beyonce) encore empâtée de sommeil approche ses lèvres pour embrasser langoureusement le personnage (caméra subjective: on parlera à la première personne du singulier) et dit d'une voix chaude "baby..." puis se positionne sur mon ventre en ronronnant. Le bras blanc crème de Julie passé autour de mon cou je tourne la tête sur ma droite, vers la cuisse d'ébène sur laquelle je suis posé, Grace me prend la main et l'approche de son visage, mon bras contre son corps moite. On entend derrière des mouvements, quelqu'un semble se lever, une femme dit "Come on!... It's to hot.", et des pas s'éloignent tandis que des bruits sur le matelas se font encore entendre...
Je tourne la tête sur ma gauche, on distingue vaguement les cheveux blonds pleins de sueur de Julie sous mon bras, une femme brune et fine, derrière, est assise en tailleur, nue. Elle a saisi une guitare basse et la tête penchée, attentive sur le mouvement de ses mains, commence à faire maladroitement des gammes et des accords. Après quelques fausses notes elle s'arrête, remonte lentement son visage, timidement et ses grands yeux noirs comme des miroirs rencontrent mon regard, elle se met à sourire sereinement. Soudain elle se met sur ses genoux, avance lestement et dépose un bisou rapide sur mes lèvres puis sur ma paupière, se rassoie simplement et reprend ses exercices sur la basse. Les accords se font plus sûrs, il s'agit d'une bande son, d'autres instruments s'y mêlent et forment un bon vieux jazz puissant de la Nouvelle-Orléans. Les pas reviennent, Nicole est nue, dominant le monde de sa taille, elle boit du lait dans une grande bouteille la main sur la hanche. Julie se relève et tend nonchalamment la main vers la bouteille de lait, Nicole se penche jusqu'à s'agenouiller, dépose la bouteille de lait à côté de Julie pour s'avancer vers elle. Julie ferme son bras autour du cou de Nicole, les deux chevelures blondes se mêlent et s'entremêlent dans des feulements ténus et des bruits de sucions caractéristiques. On entend la bouteille tomber et le lait s'écouler, les deux femmes rient et se chamaillent. Une sonnerie de téléphone sourde se laisse entendre et tout le monde fait silence, la musique s'arrête.
La chevelure rousse de Franka sort soudainement de plus loin sous moi et traverse l'écran. Elle soulève un polochon à côté de Nathalie, la sonnerie du téléphone, rauque et criarde, déchire le tableau, Franka répond: "Bill ?... How much ? Ok." puis raccroche. Tous les yeux se portent sur elle, Nathalie tend sa main gauche vers ses cheveux pour les lui décoller et lui caresser le visage. L'ambiance est lourde. Franka embrasse la main de Nathalie, mordille le pouce qui passe sur ses lèvres roses charnues. Elle pose son regard sur l'assemblée et sourit, lance le polochon sur les 2 blondes tandis qu'un jazz enlevé, chevronné et toujours du même style se fait entendre.
Tout le monde se lève joyeusement en riant, se précipite vers une petite salle de bain ouverte et grise en béton non poli comme un vieux vestiaire où se trouvent trois douches bricolées et raccordées de tuyauteries branlantes et suintantes. Les corps se pressent devant les douches qui se mettent à éclabousser bruyamment le sol de leurs grosses gouttes froides. Le souffle court tout le monde se serre, je prends une grande respiration au moment où l'eau coule sur ma peau tandis que Beyonce me regarde de ses yeux polissons, la mâchoire inférieur avancée sur une bouche ouverte admirative, regardant Grace collée derrière moi s'activant à me savonner le corps. Franka prends de son bras Beyonce par la poitrine, cette dernière tourne son visage et elles s'embrassent tendrement. Beyonce se tourne vers Franka et elle se caressent plus qu'elles ne se savonnent. Je me tourne vers Grace, la main de Julie entre ses cuisses.

Ecran noir.


Jazz percutant donnant le beau rôle au didgeridoo avec des accents quasi trip-hop.
Nathalie est en train de fermer ma chemise col mao noire du haut vers le bas tandis que pieds nus j'enfile mes chaussures marrons. Grace sur ma droite lace le body en cuir rouge de Nicole qui elle-même maquille Beyonce. Je baisse la tête vers Nathalie qui a terminé, elle me gratifie d'un chaste bisou à l'endroit de ma fermeture éclair de mon pantalon avant de la fermer puis mets ses lunettes au bords noirs épais. Elle se lève dans son jean bleu et petit débardeur noir moulants très sérieuse en fronçant les sourcils et me fais un clin d’œil en claquant la langue. Franka lui regroupe ses cheveux mi-longs et les attache avec un chouchou noir en queue de cheval.
Julie qui était en train de boire au goulot me tend une bouteille de Bordeaux que je me dépêche de goûter. Tout le monde s'active tout à coup, chacun prend son instrument, je donne la bouteille à Nicole et me colle derrière elle en passant mes mains sur son bas-ventre et la peau tendue du cuir entre ses jambes qu'elle écarte petit à petit. Franka me prend l'autre bras et me tire pour sortir. Ma pression sous Nicole se fait plus ferme et la soulève du sol, elle frémit et pose la bouteille sur un guéridon tandis que je la tire vers l'arrière moi-même agrippé par une Franka riante. Nicole sur l'extrême pointe de ses chaussures à talons arrive à se baisser pour ramasser l'étui de son trombone sans tomber puis ferme la porte tandis que les autres courent déjà dans les escaliers. Franka m'attrape, je la pousse contre le coin de la porte, nous nous embrassons longuement tandis que Nicole descend elle aussi. La jambe de Franka remonte pour m'agripper par les fesses et ma main part sous sa robe bleu-marine légère. On entend siffler ; entre les rampes de l'escalier en colimaçon, tout en bas, Grace nous fait signe de venir avec un sourire jusqu'aux oreilles. Nous lui répondons des majeurs levés de nos mains libres, les deux autres s'agrippant avec force.
On se rejoint tous en bas. Dans la rue nous formons une petite armée fière et hermétique, chacun son "arme" dans le dos, Nathalie en portant même deux. Au son d'une B.O. jazz claire un peu fanfare et des voix funk assez présentes. En plein soleil nous marchons écrasés par la chaleur, Beyonce et Julie se tenant par la taille dénudée portent des lunettes de soleil. Je tiens toujours la main de Franka qui regarde les passants de manière peu aimable et Nathalie un peu devant se retourne parfois vers moi très sérieuse en fronçant les sourcils avant de me faire ce clin d’œil en claquant la langue.
Nous arrivons devant une lourde porte en bois clair, Nicole sonne à l'interphone. Julie se met soudain à courir et se jette dans les bras de Franka qui la porte et lui dit calmement: "Hey !? Here you are sweetheart..." en lui passant la main dans les cheveux comme à une petite fille. Je lui caresse moi aussi la nuque et lui embrasse la joue tandis qu'elle se blottit dans le creux du cou de la rousse qui la repose doucement pour libérer une main qui monte discrètement vers l'angle de sa côte.
Musique minimaliste haut-perchée en violon soliste, nous montons les marches abruptes d'un escalier sombre, le didgeridoo pulse, rejoint par la basse. La porte s'ouvre et nous sommes accueillis par Bill et son sourire vicelard qui serait lubrique s'il était moins occupé par son avarice tandis que le violon s'arrête, le trombone intellectualise un peu avant que le morceau ne commence réellement sur une partition basse en piano et une batterie calme travaillant sur la cymbale. Bill parle mais personne ne l'écoute vraiment (coupure son, B.O. seule), il tend quelques billets que Nicole range sans manière dans sa culotte en cuir. Puis il me tend une carte de visite noire d'un restaurant-bar, l’œil brillant, la main comptant déjà les billets. Je range la carte dans ma veste et me lève. C'est le signe de notre départ. Juste avant de partir je lui dis: "How... the fan is broken.". Il répond d'un air très compréhensif et un peu ironique: "Ok, consider it's fixed." ; puis meneur d'hommes: "Go, go, go ! Don't be late."

Ecran noir.

Un homme sec nous ouvre la porte d'une petite loge. Nous rentrons tous pour déposer nos affaires et nous nous asseyons où nous pouvons, sur une chaise, par terre, sur la table, le plus souvent les uns sur les autres. Pour souffler. Franka nous jette à chacun un bière blonde très fraîche du petit frigo. Il fait chaud, Beyonce assise par terre entre les jambes de Nicole agite un papier pour se rafraîchir, elle l'agite un peu parfois pour sa voisine aussi. Nathalie s'affale sur moi et moi sur ma chaise jusqu'à mettre ma tête sur la table derrière moi. Franka passe la main dans mes cheveux nonchalamment, une ballade évanescente plutôt blues en musique de fond. Julie est assise sur les genoux de Grace, face à face elles se chatouillent gentiment. Puis Julie approche timidement les mains des seins de Grace qui la regarde avec sévérité... Julie approche son visage de Grace en la regardant dans les yeux, celle-ci embrasse la petite blonde sauvagement. Un long frisson traverse le corps de Nathalie qui regarde les deux femmes et commence à me caresser le torse. A côté de moi Franka triture le bas de sa robe légère et courte qui ne lui va pas trop bien car montrant trop ses formes galbées, elle pose son regard interrogateur sur le miens. J'avance ma main vers l'arrière de sa cuisse large et en palpe la matière rebondie, elle se rapproche et soulève sa robe pour que je puisse lui embrasser le nombril. La chaise bouge beaucoup, Nathalie change de position sur moi et je dois m'accrocher au corps de Franka, à ses hanches pleines au niveau de l'élastique fin de sa culotte. Mes doigts s'enroulent sur l'élastique et commencent à le tirer doucement.

Ecran noir.

-Concert jazz-

Ecran noir.

Il n'y a plus personne dans la salle sombre... une serveuse fini de faire le ménage tandis que le barman nous écoute en tenant sa copine, une autre serveuse, par la taille. Un autre employé bedonnant est assis sur une table pour écouter. Le spectacle se termine et chacun de nous se tourne vers l'autre pour se toucher la main, l'épaule. Nathalie s'est mise à pleurer et Grace l'a prise dans ses bras pour la consoler, en l'embrassant par moment sur le front tout en nous regardant un rien moqueuse. Nous commençons à ranger les instruments tandis que Nicole, passablement éméchée et encore en transe délire légèrement. Je lui passe la main dans ses cheveux un peu poisseux, elle me mord. Julie fait passer son bras par l'entrebâillement de ma chemise ouverte et me dit d'un air coquin: "Hurry up, i want to play more". Nous sommes tous prêts en un temps record malgré les corps qui se frôlent et les besoins de contact physique. Nathalie ne pleure plus et commence à regarder autour d'elle. Nous partons. Je laisse la carte de Bill au barman.

Dans la nuit suffocante de la Nouvelle-Orléans nous passons comme des ombres, les uns contre les autres en marchant parfois vite parfois lentement. Nous regardons le monde extérieur, n'y participant pas, comme une présentation vidéo de la ville pour des touristes. Nous montons les escaliers jusqu'à l'appartement, sans allumer la lumière, sans un mot, nous nous déshabillons. Grace pousse Franka sur les matelas rassemblés par terre en un seul lit immense bientôt rejointes dans la pénombre par Beyonce toute sautillante. Nathalie les approche clandestinement à quatre pattes tandis que je les observe, debout, tenant dans mes bras Julie, blottie sereinement contre moi, les yeux grands ouverts regardant dans le vide. On entend "Shit" derrière lorsque Nicole manque de tomber, se débattant dans tous ses harnachements rouges. Puis je la vois se jeter littéralement au centre des matelas sans savoir vraiment où elle atterrie dans le noir de la chambre. On entend des bruits de matelas compressé, des souffles mêlés, on devine une masse informe en mouvements.

Ecran noir.

On voit le matelas depuis le ventilateur qui fonctionne à nouveau avec les corps entremêlés au milieu. L'amas de corps moites s'apaise doucement, la lumière s'évanouit tandis que le bruit des pâles du ventilateur se transforment en pulsations sourdes puis en notes de basse rejointes par les autres instruments et voix dans un jazz suave et exotique.

- FIN -

Casting (avec quelques problèmes d'âge):

  • Voix: Beyonce Knowles, Julie Delpy

  • Batterie: Grace Jones

  • Trombone: Nicole Kidman

  • Piano + violon: Nathalie Portman

  • Didgeridoo: Franka Potente

  • Guitare basse: Mattew Fox (caméra subjective quand même!)


Personnages (non explicités dans le film):

  • Beyonce est une jeune chanteuse de banlieue, elle faisait partie d'un petit groupe de musique Funk "From now" avec des copines d'enfance qu'elle a perdu de vue.

  • Julie est une amish en période de rumspringa. Elle a pour l'instant perdu tout contact avec sa famille.

  • Grace est une immigrée clandestine jamaïcaine. Pendant 15 ans elle a fait du catch à 4 féminin en poids walter connue sous le nom de Black Widow.

  • Nicole est une ancienne directrice commerciale d'une grande boîte internationale qui a tenté la création d'une start-up sur le web qui s'est cassée la figure.

  • Nathalie est la sixième fille d'une famille bourgeoise anglaise. Elle n'a parlé qu'à 12 ans mais était une enfant virtuose du piano. Elle a fugué à 15 ans et s'est retrouvée à New-York à 19 ans par un concours de circonstances. Elle s'est mise brillamment au violon à cette époque.

  • Franka était une élève studieuse, puis elle est partie en vacances en Inde où elle a décidé de rester pendant 2 ans et y travailler pour une ONG. Elle part ensuite faire un tour du monde à pied. Elle se retrouve peu après en Australie où elle rencontre une tribu aborigène repartie vivre dans l'out back avec lesquels elle reste pendant 7 ans.

2 commentaires:

ropib a dit…

Ce premier jet est bien sûr basé sur une idée originale des frères Benbaba qui seront chargés de la réalisation.
J'en profite pour faire un petit clin d'oeil à Sishishir et Siwaluu sans qui rien n'aurait été possible.

ropib a dit…

Petits gouts persos:
j'aurais mis Hélène Grimaud au piano, Jenifer Lopez en première voix, Ludivine Sagnier en deuxième voix et Jeanne Balibar au trombonne mais bon, on fait pas ce qu'on veut hein.