07 août 2006

Simple

J'ai fait mes études à l'université, et j'ai terminé cette belle expérience de la vie scolaire sur une petite victoire un peu obligée.
Sorti brillamment de l'école primaire avec une année d'avance j'ai continué mon parcours au collège dans l'anonymat tranquille du 3è rang. Régulièrement délégué adjoint de ma classe (pourquoi ? comment ?) j'avais des notes passables sans travailler plus que d'écouter pendant les heures de cours et faire mes devoirs avant que la cloche ne sonne ou pendant le début du cours suivant. Passons sur mon expérience de la puberté un peu particulière et sur mes relations conflictuelles avec la normalité: je ne fais pas là une psychanalyse.
Au lycée je me suis vu encore plus confronté à cette volonté environnante et inconnue de moi de se conforter dans une sorte de comportement entendu et attendu. Je continuais mon cursus un peu peinard ; une légère alerte en sortie de seconde (j'étais "immature" sans qu'on puisse expliquer ce que cela voulait dire... déjà un mot simple que j'aurais du comprendre et que je ne comprends toujours pas) m'a obligé à me réveiller un peu en première. En un trimestre j'ai découvert le raisonnement logique, le style littéraire, la profondeur historique, le goût pour la réflexion appuyée... cet effort me suffira jusqu'au bac.
Je prêtais que peu d'importance à mes relatives difficultés sociales. On peut dire que je les ai vécues depuis ma plus tendre enfance d'ailleurs: j'étais plutôt considéré comme un original. Je n'avais pas réellement de relation suivie avec un tel ou un tel et n'appartenais à aucun groupe. Finalement je me retrouvais aussi souvent au milieu des "intellos" que des "cools" souvent plus âgés sans en retirer de quelconques conclusions.
A la sortie du lycée je devais donc choisir mon cursus. Mon père voulait que je fasse médecine tandis que ma mère voulait que je m'oriente plus professionnellement ; ces deux points de vue opposés découlaient au passage du pur bon sens mais ne se comprenaient pas, partant pourtant du même constat: tout sauf l'université. Autant dire que devant ces magnifiques preuves de bon sens il fallait que j'use du miens (il faut l'avouer il n'était de toutes façons pas question que cela se passe autrement) et comme il est bien connu qu'il y a un bon sens pour chaque personne qui existe sur cette planète je choisissais l'université. J'en ai pris plein la tronche pendant un moment mais c'est là que j'ai pris la mauvaise habitude de me retrouver avec des personnes qui se posaient des questions, qui plus est dans un cadre qui nous encourageait dans ce sens. En possession d'une maîtrise de DEUG difficilement acquise je pouvais alors accéder à une école d'ingénieur, cette magnifique école de la vie pavlovienne toujours prête à produire une population qui "ne crache pas dans la soupe". Je choisis d'y renoncer et de continuer dans ma belle université voltairienne.

Mais tout cela n'a qu'un temps et je me suis retrouvé un beau jour professionnel de la technique avec le devoir de la vendre puisqu'il s'agissait de technologie. Le choc du bon sens appliqué m'arriva en pleine figure, sans compter les magnifiques réunions où la simplicité improvisée est l'arme politicienne par excellence. Evidemment j'ai réussi parfois à faire éclater, non sans habileté et parfois avec le dernier des machiavélismes, la magnifique complexité des choses, l'ordre chaotique de l'auto-organisation humaine et la beauté productive qu'apporte des solutions non efficaces, mais cela restait l'exception, n'étant pas un génie. Une fois appris le Petit Livre Rouge du décideur formaté je me retrouvais alors dans un monde nouveau où toute relation sociale était standardisée.

Le patterning, l'Intelligence Design, la fin de l'Histoire, la théorie des dominos, la PNL, la réversibilité du Temps, la systémique, le Bigdil... (j'en passe et des meilleurs) ne nous démontrent-elles pas la magnifique simplicité du monde ?
Et pourquoi pas, ce serait tellement plus simple encore, la solution finale ?

Oui. C'est bien de cela dont il s'agit.

3 commentaires:

Adeline a dit…

Ropi, y'a des fautes!!! ggggrrrr

ropib a dit…

Oui... j'écris beaucoup trop tard en ce moment. ;)
Faut que je m'en occupe.

ropib a dit…

Dernièrement j'ai eu l'occasion d'échanger avec un militant (encore un) de la simplicité sur Agoravox. Lors de ce dialogue je pense avoir toucher quelque chose ici:
"Je comprends votre point de vue. Pour autant je pense qu’il est dangereux dans le sens où celui qui ne comprendrait pas cette soit-disant simplicité est implicitement un idiot. Et que les aspects culturels (de négociation des rapports à l’articulation individu/société) sont niés, nous précipitant tout droit vers le choc des cultures (comme ensemble arbitraire de règles et habits) et la pensée Wagnerienne. La simplicité est un outil d’exclusion, la suppression de l’entropie c’est la remise à zéro du monde, l’anéantissement total." C'est l'idée d'entropie, rattachée à la naissance de l'univers et au temps, qui me plait particulièrement car introduisant un lien avec une plus grande généralité métaphysique... le petit côté Wagnerien faisant écho à d'autres questionnements du moment (voir Hermes et Apollon) qui avaient aussi leur place dans le débat.

Pour autant je suis convaincu que je suis des plus simples, recherchant simplement le fondement de l'architecture d'un échange social afin d'en construire un ordre nouveau et original avec comme lois celle de l'improvisation et de l'inspiration... Peut-être un peu trop romantique ?