10 septembre 2007

Alphaville: une réaction


On n'a pas l'idée de croire qu'on connaît le 2 parce qu'on connaît le 1 et qu'on invente le 1+1=2. En fait on connaît le 1, le 2 et même le 3, sans doute le 4. C'est donc bien le + (mais c'est peut-être le = qui est le plus perturbant dans l'histoire) qui a été trouvé. Après comme on connaît le 1 et le 2, quand on coupe le 2 en 2 on reconnaît quelque chose.



Est-ce que cela fait partie des erreurs d'Alpha60 ou bien est-ce plutôt Godard lui-même qui veut se persuader que l'amour, les pleurs et les sentiments en général ne sont pas logiques ? Pourtant dans Pierrot le fou il dit bien, par l'intermédiaire d'Anna Karina:
Il y a des idées derrière les sentiments.
Et si la logique était un sentiment (et le sentiment, logique) comme les notes de la musique humaine sont construites autour des vocalises de sa parole ?

7 commentaires:

Fabien a dit…

Après tout, pourquoi pas puisque la logique n'est qu'une construction humaine visant à saisir le monde qui nous cerne. La différence d'avec le sentiment, c'est que ce dernier est universel et que, paradoxalement, il ne cherche pas à unifier les points de vue.

ropib a dit…

C'est un point de vue intéressant... avec de nombreuses trames implicites: je ne pourrai pas répondre tout de suite.

Un point en particulier me perturbe depuis toujours: la logique n'est-elle pas un sentiment ? Je veux dire que de nombreuses expériences sont faites sur les enfants et démontrent que ceux-ci apprennent ce qui est logique et ce qui n'est pas vraisemblable (c'est étonnant mais bon, faisons au plus clair) et bien souvent l'illogique d'un discours, d'une situation, nous assaille puis nous harcèle tandis que nous sommes incapables d'exprimer en paroles ce qui ressemble bien à un sentiment. Lorsque ce sentiment s'avère erroné, c'est à lorsque après un long travail de la raison il s'avère que la logique est sauve, il reste une gène qui ne s'estompe pas toujours immédiatement.

Peut-être qu'étrangement (ça me semble stupide au moment de l'écrire, avec un paradoxe très net mais bon... la sérendipité peut être au rdv) la logique serait une heuristique et que son universalisme ne serait que violence culturelle.

ropib a dit…

Je ne comprends pas en fait ce que tu veux dire: le sentiment est universel ?

Sinon je viens d'apprendre qu'Anna Karina est danoise... je savais juste qu'elle était belle, avec un joli accent et une attitude mystérieuse.

Fabien a dit…

Par universalité du sentiment, j'entends que celui-ci ne concerne pas uniquement le genre humain, mais s'exprime aussi au travers d'animaux supérieurs tel que les chiens ou les singes.
Le sentiment est subjectif et la logique objective (car elle est née d'un besoin technique humain visant à trouver la solution la plus efficace à un problème donné), mais cette logique a très certainement pour origine un sentiment, celui de la frustration. De ce fait, j'ai du mal a imaginer chez l'homme une logique sans sentiment. Je pense donc qu'il y a du sentiment dans la logique humaine et ce serait un crime que de vouloir le nier.

addiragram a dit…

Les émotions sont la racine de la pensée.La capacité de rêverie maternelle posibilite la transformation des emotions primitives en pensées et en paroles.Une bonne question!

ropib a dit…

Je dirais qu'il y a plusieurs choses différentes: l'émotion, la pensivité, le sentiment, la pensée.

Il y a quelques chose d'empirique dans l'émotion: elle est en rapport avec le "paysage" et provoque la "pensivité". C'est justement un terme qui me vient d'une réflexion sur les animaux de Jean-Christophe Bailly je crois, voir ici.

Le paysage (cette idée me vient plutôt de Gracq) est universel et entraîne à mon avis des émotions différentes mais plus ou moins proches selon la proximité des appareils de mesure je dirais... Le sentiment c'est ce qui est géré en natif. Ce n'est plus du même domaine car quelque part le langage est en train d'intervenir, ou plutôt la transmission même si il s'agit d'auto-interlocution. Par contre la pensée ferait intervenir l'autre et la négociation de la réalité. Ici nous n'existons que si l'autre nous fait exister et le paysage est réifié. Un système d'interaction se mettrait alors en place, susceptible de créer socialement une certaine universalité humaine si la politique s'en mêle.

La rêverie, l'imaginaire... sont des moteurs plus ou moins libérés de pilotage. On a trop l'habitude d'y chercher le signifiant dans le monde de la parole. Peut-être serait-il intéressant en effet de reconnaître à l'inverse que la parole est un effet de la rêverie, de proposer une modélisation dans laquelle la réalité n'est qu'un sous-ensemble du rêve, du Dream aborigène.

ropib a dit…

La notion de "proximité" est importante par ailleurs car c'est celle-ci qui conditionne la responsabilité morale, ce pourquoi on ne met pas son enfant à la poubelle avec sa couche, pourquoi certains s'empêchent de manger de la viande, pourquoi on peut débrancher le réfrigérateur sans remord...